Le Kalevala, âme de la Carélie
"C'est au bord de ce lac, raconte Mariusz Wilk, que l'univers des constructeurs de pietchka et le peuple de bûcherons taciturnes se sont rencontrés pour se définir les uns les autres et produire de fascinantes créations bâtardes. La Carélie: si tu ne l'as pas vue, continue Mariusz, tu ne peux pas comprendre ce que c'est que cette frontière de forêts, de lacs et port rationnel et en même temps est au coeur d'un poème épique qui a marqué l'histoire, exactement comme la légende de Gilgamesh en Mésopotamie. A Noknavolok, un village au nord, sur notre frontière, il y a une vieille, une certaine Sandra Remshu, qui est encore capable de chanter la saga dans la langue originale. C'est peut-être la dernière, dans toute la Carélie, y compris la Finlande."
p.142," Aux frontières de l'Europe"(Hoëbeke 2011), Paolo Rumiz, Folio n°5410
Mariusz Wilk est iun polonais installé en Carélie, auteur de "Journal d'un loup"(1999), "La maison au bord de l'Oniego"(2007), "Dans les pas du renne"(2009), "Portage"(2010), tous chez Noir sur Blanc. Une recension dans l'Express:
http://www.lexpress.fr/culture/livre/portage_906743.html
Portrait pour les Etonnants Voyageurs:
http://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article1544
Nikel, cité industrielle du Grand Nord russe
"Entre-temps, est apparue au loin une trinité de cheminée. C'est Nikel, l'incomparable Nikel, cité industrielle consacrée par Staline à cet unique dieu minéral. Mussolini, lorsqu'il fondait des villes minières, ajoutait au moins une désinence; le charbon, en italien carbone, donnait naissance à Carbonia. Ici, dans les espaces arctiques, on a l'impression que c'est la table des éléments de Mendelyev, qui jouit désormais de pouvoirs totalitaires sur les hommes. Nikel est un désastre écologique qui s'annonce par des montagnes de détritus, des moignons d'arbres, une toundra qu'on dirait dévorée par un énorme lance-flammes, des grands immeubles autour des usines et aussi par les épouvantables cimetières, au milieu des arbres morts, avec les pierres tombales encerclées de petites grilles bleues, irréelles, une pour chaque mort. L'unique présence humaine lors de cet enfer se trouve là, au cimetière, avec une foule de petits hommes voûtés autour de leur proches, sacrifiés au dieu de la chimie. Des visages ouzbeks, mongols, caucasiens. Une déporation rampante qui se prolonge, même après les années de la kolyma."
p.62/63, "Aux frontières de l'Europe"( Hoëbeke 2011), Paolo Ruiz, Folio n°5410 (2012)
Au classement des villes les plus polluées, la ville borde la Norvège:
http://www.linternaute.com/actualite/science-environnement/monde-pollution/8-norilsk-russie.shtml
Nécessité d'un enracinement pour un politique
"François Hollande, à la fin d'une campagne de la dernière chance, menée au galop, est élu avec 52,40 % des voix. Jamais il n'aura autant arpenté sa circonscription. Un marathon à donner le tournis. Il savait que son avenir allait se jouer à quelques centaines de suffrages. Le soir du deuxième tour, au siège fédéral du PS, rue Jean Jaurès, à Tulle, il aura tremblé jusqu'au bout, passant à la loupe les résultats de chaque commune, jusqu'à la plus minuscule; Saint-Bonnet-la-Rivière, Saint-Solve, Lascaux, Gimel, Le Chastang, où il a osé quelques pas de tango, lui si piètre danseur, pour grignoter une poignée de voix, Chanac-les-Mines, Saint-Fortunade, Lubersac, et enfin Tulle et son agglomération, où il obtient ses meilleurs scores. Quand tout est joué , il lâche un tonitruant:" Je reviens de l'enfer !". Cesoir-là, il prend toute la mesure de ce que lui avait conseillé Mitterrand dès 1981: être enraciné sur une terre, pour ne jamais être jeté dans le vide, ne pas être désarmé quand les lumières parisiennes ne brillent plus pour vous. Pendant cette campagne, précise François Hollande, j'ai compris à quel point je m'étais attaché à cette terre. J'y militais depuis vingt et ans, ce n'est pas rien. Cette fois, mes électeurs avaient sauvé ma peau. Mails il s'est passé quelquechose en moi qui dépassait ce cadre purement politique. Mon lien était plus affectif, plus profond, plus viscéral. J'étais aimanté désormais à la Corrèze."
p.215/216," François Hollande Itinéraire secret", Serge Raffy, Fayard 2012
De la timidité
"Monsieur Antoine était un vieux garçon dont on voyait bien qu'il connaissait la vie parce qu'il ne manifestait pas cette timidité maladive qui entrave les hommes qui n'ont pas connu de femmes"
p.31, "En vieillissant les hommes pleurent"(2012), Jean-Luc Seigle Flammarion
Gouvernance globale ou révolte des nations
François Hollande et Sarkozy (Le Nouvel Ordre Mondial) VS Marine Le Pen
L'immigration selon Védrine
"Mais, en sens inverse, nier avec hauteur que l'immigration puisse être un problème peut s'avérer politiquement désastreux. Or, c'est ce que continue à faire une partie des élites qui répète que l'immgration est une "chance", une nécessité économique, parce que nous avons besoin de travailleurs peu qualifiés, ou dans certaines spécialités, comme le dit le Medef, et un besoin démographique, la nôtre étant insuffisante alors qu'il assurer nos retraites. Tout cela sur fond d'idéologie du métissage, du dépassement des identités, les individus universels étant réputés interchangeables, etc. En fait, l'immigration peut être une chance dans certaines conditions. Elle est presque toujours un problème. Mais elle est souvent une tragédie pour les personnes, et déstabilisante pour les pays. Aussi, quand les élites dénoncent le repliement sur soi, la fermeture, la "haine des autres" censée être ressentie par les populations,etc., elles se trouvent dans la même posture moralisatrice et impuissante que sur la mondialisation, l'Europe ou l'euro. Les élites devraient réaliser qu'elles ont perdu le pouvoir d'intimider ou même de convaincre par leurs sermons non seulement les classes défavorisées, depuis longtemps, mais aussi, maintenant, les classes moyennes".
p470/471," Dans la mêlée mondiale 2009/2012", (2012), Hubert Védrine, fayard
L'antifascisme, comme diversion
"L'élection présidentielle de 2007 a révélé à quel point la cohésion nationale était désormais fragile. Malheureusement, ce constat n'a pas suscité beaucoup de commentaires. Ce silence est encore plus surprenant si on le compare avec la surréaction médiatico-politique due à l'arrivée de Le Pen au second tour des élections présidentielles en 2002. 16 % d'électeurs lepénistes de 2002 représentaient apparemment un danger plus important pour la cohésion nationale qu'un majorité d'électeurs choisissant son candidat en fonction de critères culturels. Il est vrai qu'il est plus facile de résister à un péril fasciste qui n'existe pas que de s'interroger sur les effets réels de la mondialisation et du séparatisme au sein des millieux populaires. Cette technique d'occultation du réel n'est d'ailleurs pas nouvelle. En 1975, Pasolini expliquait que la manipulation de l'opinion passerait dorénavant par la création d'un "antifascisme facile, qui a pour objet un fascisme archaïque qui n'existe plus et qui n'existera plus jamais." Trente ans plus tard, Lionel Jospin, candidat malheureux de 2002, confessera que la la lutte antifasciste contre le FN n''était que du théâtre" et que le Front national n'avait jamais été un parti "fasciste". Le théâtre plutôt que le réel.
p.171,"Fractures françaises", Christophe Guilluy , Françoise Bourin 2010
Faiblesse du souverain et défense de la foi
Abbé Oroux, Histoire ecclésiastique de la cour de France:
"Le roi, lorsqu'il s'occupoit ainsi de l'ordre et de la magnificence de sa chapelle, commençoit à marcher à grands pas dans les sentiers de la dévotion. Après bien des égaremens, mais qui n'avoient jamais été jusqu'à donner atteinte au fond de religion qui subsistoit dans son coeur ni au zèle dont il étoit animé pour la majesté du saint culte, Dieu eut enfin égard à sa fidélité dans ce point capital: tant il importe aux princes à qui la Providence confie le gouvernement des peuples de conserver, au milieu même de l'emportement de leurs passions, un attachement inviolable à la foi de leurs pères. Plus foibles et plus exposés que les autres hommes à proportion qu'ils sont plus élevés qu'eux, on les voit faire des chutes plus déplorables. il est rare qu'ils s'en relèvent, quand ils ont manqués du côté de la foi, mais on peut beaucoup espérer de leur retour lorsque, malgré leurs plus humiliantes foiblesses, ils maintiennent dans eux-mêmes et ils entretiennent dans leurs sujets les principes solides de la véritable religion. tel fut Louis XIV.'
p.21" Le Roi-soleil et Dieu"(2012), Alexandre Maral, Perrin
Elite cosmopolite et masse immigée, le vrai visage de l'antiracisme
"Le mouvement de recomposition sociale des métropoles ne se résume pourtant pas à un simple processus d'embourgeoisement. Il s'accompagne aussi d'un renouvellement des couches populaires grâce à l'arrivée de populations issues de l'immigration. La sociologie traditionnelle héritée de l'ère industrielle s'efface peu à peu pour laisser la place à une sociologie issue du développement métropolitain et de la mondialisation. Ce double mouvement de gentrification et d'immigration participe à un processus de substitution complexe, où les couches populaires traditionnelles, ouvriers et employés, sont remplacées par des couches moyennes et supérieures et par des couches populaires immigrées. Il apparaît ainsi que la spécialisation du marché du travail des grandes villes vers des emplois très qualifiés , qui a contribué à l'éviction des catégories populaires traditionnelles, ne représente pas un frein à l'arrivée des couches populaires immigrées. Le passage d'une immigration de travail à une immigration familiale a orienté les nouveaux fluxs migratoires vers les territoires qui concentraient déjà des populations immigrées. L'importance du parc de logements sociaux et de logements privés dégradés a rendu possible l'accueil et le maintien de ces nouvelles couches populaires dans les métropoles où le prix des loyers et des logements avait explosé.
(...)
Si l'immigration présente un intérêt certain pour le patronat ( dumping social, pression à la baisse des salaires, affaiblissement de la protection sociale), en revanche, on ne souligne pas assez un autre aspect de cette nouvelle exploitation, qui permet d'offrir un train de vie "bourgeois" aux nouvelles couches supérieures sans en payer véritablement le prix. La nounou et la femme de ménage immigrées, et parfoissans papiers, ne ponctionnent que marginalement le budget des cadres. De la même manière, c'est bien grâce à l'exploitation en cuisine des immigrés que le bobo peut continuer à fréquenter assidûment les restaurants pour une somme assez modique. Produit de la mondialisation libérale, la ville prospère non seulement sur un marché de l'emploi très qualifié et bien rémunéré, mais aussi sur un marché de l'emploi précaire caractérisé par une forte pression sur les coûts salariaux."
p.96/97,","Fractures françaises", Christophe Guilluy , Françoise Bourin 2010
L'Ile Saint-Louis au temps de la bohème intellectuelle
"L'HOTEL DE LA PAIX
Nous étions une bande de saltimbanques logés ensemble dans un drôle de garni, l'Hôtel de la Paix, 29, quai d'Anjou. Il y avait là Yvan Audouard, le fils de Daudet et de Pagnol, Georges Arnaud, l'auteur du Salaire de la peur, dont H.G.Clouzot devait tirer un film magistral, Pierre Boulez, Karl Flinker, Gilles Deleuze, Armand Gatti, et surtout Georges de Caunes qui jouissait d'une notoriété inouïe parce qu'il présentait le tout nouveau journal télévisé de 20 heures sur l'unique chaîne de l'époque. L'inconfort des chambes n'avait d'égal que la beauté du paysage parisien - la Seine et ses quais - qui s'encadrait dans les fenêtres. Il y a encore rue des Deux-Ponts un établissement de bains-douches municipal où nous nous rendions tous en robe de chambre et en savates, faute d'équivalent dans notre hôtel. Nous vivions pratiquement dans les bistriots, et certains en ont gardé des habitudes de nomadisme alimentaire assez peu hygiéniques."
p.55/56, "Voyages et paysages", Michel Tournier Folio n°5397, 2012







