20 novembre 2009
Silhouette nordique
"Elle était islandaise et avait toujours fière allure avec cheveux blond roux et son visage large aux yeux clairs. Ses yeux m'ont toujours rappelé à quel point le soleil d'hiver peut donner à la mer l'éclat dur de l'acier."
p.103, "Bruits de cœur", Jens Christian Grondahl, Gallimard 2002
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jens_Christian_Gr%C3%B8ndahl
18 novembre 2009
Pourquoi je suis catholique par Chesterton
Source en anglais: http://chesterton.org/gkc/theologian/whycatholic.htm
Traduction en français trouvé ici: http://nantes.indymedia.org/article/18609
Traduction libre par Jean-Baptiste
Il y a dix milles raisons d'expliquer pourquoi je suis catholique, toutes se résumant en une seule raison : c'est que le catholicisme est vrai ! Je pourrais remplir tout mon espace par des phrases indépendantes les unes des autres, chacune commençant pourtant par les mots " L'Église catholique est la seule chose qui..." Comme par exemple :
*Église catholique est la seule chose qui empêche vraiment un péché de
demeurer secret.
*L'Église catholique est la seule chose dans laquelle le supérieur ne
peut être supérieur aux autres; de manière hautaine.
*L'Église catholique est la seule chose qui libère l'homme de
l'esclavage de son temps.
* L'Église catholique est la seule chose qui parle en vérité; comme
s'il elle était un messager authentique refusant d'accommoder un
authentique message.
*L'Église catholique est le seul type de christianisme qui regroupe
réellement tout type d'hommes; surtout l'homme de respect.
*L'Église catholique est la seule grande tentative de changer le monde
de l'intérieur; travaillant de toutes ses forces et non pas par la
force; etc...
Aussi bien, je pourrais traiter ce sujet personnellement en décrivant ma propre conversion; mais il se trouve que j'ai le sentiment que cette méthode minimise les choses plus qu'elles ne le sont en réalité. Nombre d'hommes bien meilleurs que moi ont été convertis à de bien pires religions. Je préférerais de beaucoup essayer de dire ici, au sujet de l'Église catholique, des choses qui, précisément, ne peuvent être dites sur ses respectables rivaux. En bref, je dirais principalement de l'Église catholique, qu'elle est catholique... Je préfèrerais essayer de démontrer qu'elle est non seulement plus vaste que moi, mais aussi plus vaste que tout ce qui existe dans le monde; qu'elle est en effet plus vaste que le monde. Cependant, puisqu'en ce court espace je ne peux écrire qu'une partie infime en ce qui concerne ce sujet, je la considérerais dans sa capacité d'être la gardienne de la vérité.
L'autre jour, un écrivain bien connu, et plutôt mal informé, déclara que l'Église catholique est toujours l'ennemie des idées nouvelles. Il ne lui est probablement pas venu à l'esprit que sa propre remarque n'était pas exactement dans sa nature une idée nouvelle. Ceci est une des notions que les catholiques doivent continuellement réfuter, parce que c'est une si vieille idée ! En effet, ceux qui se plaignent que le catholicisme ne peut dire quelque chose de neuf pensent rarement qu'il soit nécessaire de dire quelque chose de neuf sur le catholicisme. En fait, une étude sérieuse de l'histoire montrera que, bizarrement, cela est contraire aux faits. Dans la mesure où les idées sont vraiment des idées, et dans la mesure où de telles idées ne peuvent qu'être par définition nouvelles, les catholiques ont continuellement souffert à les soutenir parce qu'elles étaient réellement nouvelles, parce elles étaient trop nouvelles pour être compris et trouver d'autre soutien qu'eux même. Le catholicisme n'était pas seulement le premier dans ces domaines, mais il était aussi seul, là, où il n'y avait encore personne d'autre pour comprendre ses avancées.
Ainsi, par exemple, presque deux cent ans avant la déclaration d'indépendance et la Révolution française, en un siècle dévolu à la fierté et la louange des princes, le cardinal Bellarmin et l'Espagnol Suarez ont lucidement élaboré l'entière théorie de la démocratie véritable. Cela en un siècle de droit divin. Pour cette raison ils donnèrent l'impression d'être des jésuites sanguinaires et complotants, rampant avec des poignards dans le but d'assassiner des rois. Pourtant les casuistiques des écoles catholiques dirent tout ce qui pouvait être réellement dit sur les problèmes nouveaux de notre époque, deux siècles avant qu'ils ne se soient produits. Ils ont dit qu'il y avait réellement des problèmes de conduite morale chez les gouvernants; mais ils ont eu la malchance de le dire deux siècles trop tôt. À une époque de débats fanatiques et de vitupération libre et gratuite, ils ont simplement réussi à se faire traiter de menteurs car ayant été psychologues avant que la psychologie ne soit à la mode. Il serait aisé de donner de nombreux autres exemples jusqu'à aujourd'hui de ces faits et des cas d'idées qui sont encore trop nouvelles pour être comprises. Il y a des passages de l'encyclique du pape Léon sur le travail (Rerum Novarum, sortie en 1891) qui commencent seulement maintenant à être utilisés comme guides pour des mouvements sociaux plus neufs que le socialisme ! Et quand monsieur Belloc écrivit sur l'état servile, il avança une théorie économique si originale que c'est à peine si quelques personnes ont compris ce dont il s'agissait. Dans quelques siècles par conséquent, d'autres personnes répèteront probablement que l'Église catholique est toujours l'ennemie des idées nouvelles, et ils le répéteront erronément. Et alors, si les catholiques font des objections, leur protestation sera facilement expliquée par le fait bien connu que les catholiques ne s'occupent jamais des idées nouvelles.
Néanmoins, l'homme qui a fait cette remarque sur les catholiques
voulait dire quelque chose qui mérite considération, et il serait loyal
envers lui de le comprendre plus clairement qu'il ne l'exprima. Ce qu'il
voulait dire, c'était que, dans le monde moderne, l'Église catholique
est souvent l'ennemie de beaucoup de modes influentes; la plupart
d'entre elles se targue d'être neuve alors que beaucoup d'entre elles
commencent en réalité à être éculées. En d'autres termes, dans la mesure
où cet homme voulait dire que l'Église attaque souvent ce que le monde
encourage à un moment donné de l'histoire comme étant une nouveauté, il
avait parfaitement raison. L'Église se porte souvent contre la mode de
ce monde qui passe; et elle a assez d'expérience pour savoir avec quelle
rapidité elle passe. Mais pour comprendre exactement de ce dont il
s'agit, il est nécessaire de prendre plus de recul et de considérer la
nature ultime des idées en question, de considérer, si l'on peut tirer,
l'idée de l'idée.
Neuf fois sur dix, celles que nous appelons des idées nouvelles sont simplement de vieilles erreurs. L'Église catholique possède comme l'un de ses principaux devoirs, celui de protéger les gens de retomber dans ces vieilles erreurs; de les refaire encore et encore et toujours, comme les gens le font toujours lorsqu'ils sont abandonnés à eux-mêmes. La vérité sur l'attitude catholique face à l'hérésie, ou comme certains le diraient, face à la liberté, peut probablement être la mieux exprimée par la métaphore d'une carte. L'Église catholique porte en elle une sorte de carte de l'esprit qui ressemble à la carte d'un labyrinthe, et qui en fait, est un guide pour le labyrinthe. Elle a été formée à partir d'une connaissance qui, même considérée comme connaissance humaine, est sans aucun parallèle humain.
Il n'existe pas d'autre exemple d'institution intelligente continue qui réfléchit sur la nature humaine depuis deux milles ans comme l'est l'Église. Son expérience couvre naturellement presque toutes les expériences possibles et particulièrement presque toutes les erreurs. Le résultat est une carte dans laquelle toutes les voies sans issue et les mauvais chemins sont clairement signalés, toutes les voies ont été marquées comme inutiles par la meilleure de toutes les preuves : la preuve de l'expérience de ceux qui sont allés dans ces voies.
Sur cette carte de l'esprit, les erreurs sont marquées comme au fer rouge des exceptions. La plus grande partie de la carte consiste en des terrains de jeux et de joyeux terrains de chasse où l'esprit peut avoir autant de liberté qu'il veut; sans mentionner le nombre de champs de batailles intellectuelles dans lesquels la bataille est indéfiniment ouverte et indécise. En revanche, elle prend la responsabilité définitive de marquer certaines routes comme ne menant nulle part ou menant à la destruction, à un mur ou à un précipice absolu. Par ces moyens, elle préserve les hommes de perdre leur temps ou leurs vies sur des chemins qui ont été trouvés futiles ou désastreux encore et encore, dans le passé, mais qui autrement pourraient capturer des voyageurs encore et encore dans le futur. L'Église prend elle-même la responsabilité d'avertir son peuple contre ces routes sans issus. Et c’est de ces voies que dépend réellement notre propos. Elle défend dogmatiquement l’humanité de ses pires ennemis, ces monstres horribles et voraces des anciennes erreurs. Cependant, toutes ces fausses questions ont une manière de paraître relativement nouvelles, spécialement pour une nouvelle génération. La première proposition paraît toujours innocente et plausible. Je donnerai deux exemples. Il paraît innocent de dire, comme la plupart des gens aujourd’hui l’ont dit : « Les actes sont mauvais uniquement s’ils nuisent à la société ». Suivez cette philosophie, et tôt ou tard, vous vivrez dans l’inhumanité d’une ruche ou d’une ville de la lande établissant l’esclavage comme le moyen le plus efficace et le plus économique de production, ainsi que la torture des esclaves à la recherche de preuves car l’individu n’est rien face à l’État, déclarant qu’un homme innocent doit mourir, tout comme le dirent les meurtriers du Christ. Alors peut-être vous reviendrez aux définitions catholiques et vous découvrirez que l’Église, bien qu’elle dise qu’il est de notre devoir de travailler pour la société, dit aussi d’autres choses qui interdisent l’injustice individuelle. Ou encore, il paraît pieux de dire : « Notre conflit moral devrait finir par une victoire du spirituel sur le matériel » . Suivez cette hérésie et vous finirez peut-être dans la folie des manichéens, disant que le suicide est bon parce qu’il est un sacrifice, que la perversion sexuelle est bonne parce quelle ne produit pas la vie, que le démon fit le soleil et la lune parce qu’ils sont matériels. Alors peut-être commencerez-vous à deviner pourquoi le catholicisme insiste tant sur l’existence de mauvais comme de bons esprits ; et sur le fait que la matière peut elle aussi être sacrée, comme lors de l’Incarnation ou lors de la Messe, dans le sacrement de mariage ou la résurrection des corps.
Maintenant, il n’y a aucune autre association d’esprit au monde qui soit si à l’affût de protéger les esprits de mal tourner comme l'est l'Église. Le policier arrive en retard quand il essaye d’empêcher les hommes de mal tourner. Le docteur arrive trop tard, car il vient pour enfermer un fou, et non plus pour conseiller un homme sain afin d'éviter la folie. Toutes les autres sectes ou écoles de pensée sont inadaptées face à ce but. Ce n’est pas parce que chacune d’elle ne peut pas contenir de la vérité, mais plutôt et précisément parce que chacune d’elle ne contient qu'une quantité négligeable de la vérité ; et se contente de contenir cette parcelle de vérité seulement. Aucune de ces sectes ou philosophies n'est dépositaire de l'ensemble de la vérité. Aucune d'elles ne prétend réellement veiller dans toutes les directions à la fois. L’Église n’est pas seulement armée contre les hérésies du passé, ni même du présent, mais également contre celles à venir qui pourront être à l’opposé exacte de celles d’aujourd’hui. Le catholicisme n’est pas ritualisme, il combattra dans le futur toutes sortes d’exagérations idolâtres ou superstitieuses. Le catholicisme n’est pas ascétisme, il a réprimé encore et encore dans le passé les exagérations fanatiques et cruelles de l’ascétisme. Le catholicisme n’est pas simplement une mystique, il défend aujourd’hui la raison humaine contre le pur mysticisme des Pragmatistes. Ainsi, quand le monde devint puritain au dix-septième siècle, l’Église fut accusée de pousser la charité trop loin à partir d'arguments fallacieux selon lesquels le péché était facilité par le laxisme du confessionnal. Maintenant que le monde n'est plus puritain, mais païen, c’est l’Église qui partout proteste contre le laxisme païen des bonnes mœurs. Elle fait ce que les puritains voulaient faire mais lorsque cela est devenu réellement nécessaire. Selon toute probabilité, tout ce qu’il y a de meilleur dans le protestantisme survivra uniquement dans le catholicisme ; et en ce sens, tous les catholiques seront encore puritains quand tous les puritains seront païens.
Ainsi par exemple, en un sens mal compris, le catholicisme reste en dehors de toute querelle comme celle du darwinisme à Dayton. Il reste en dehors de la dispute parce qu’il englobe l'ensemble de la question, comme une maison entoure deux meubles incongrus. Ce n’est pas une propagande sectaire de dire que l'Église était avant et sera après, au delà de toutes ces thèses, dans tous les domaines. Il est impartial dans ce combat entre le fondamentalisme et la théorie des origines des espèces. Que l'on remonte à l'origine précédant cette Origine, parce que cette notion est plus fondamentale que le fondamentalisme. Cette compréhension réside dans le catholicisme qui sait d’où vient la Bible. Il sait aussi où vont la plupart des théories sur l’Évolution. Il sait qu’il y avait beaucoup d’autres faux évangiles que les quatre Évangiles, et que les autres furent éliminés par la seule autorité de l’Église catholique. Il sait qu’il y a beaucoup d’autres théories sur l’Évolution en plus de la théorie de Darwin ; et que la plus récente sera très vraisemblablement éliminée par une science plus récente. L'Église n’accepte pas, selon l’expression conventionnelle, les conclusions de la science, pour la simple et bonne raison que la science n’a pas conclu ! Conclure, c’est fermer; et l’homme de science n’est pas du tout susceptible de fermer ses recherches ! Il ne croit pas, selon la formule conventionnelle, ce que la Bible dit, pour la simple raison que la Bible ne dit rien dans son sens scientifique. Vous ne pouvez pas mettre la Bible sur le banc des témoins et lui demander ce qu’elle signifie vraiment en rapport avec l'évolution! La controverse fondamentaliste détruit elle-même le fondamentalisme. La Bible en elle-même ne peut être une base d’accord alors qu’elle est cause de désaccord ; elle ne peut être la base commune des chrétiens quand certains la prennent de manière allégorique et d’autres littéralement. Le catholique s’y réfère comme quelque chose qui peut parler à l’esprit vivant, consistant et permanent dont j’ai parlé ; l'esprit le plus élevé de l’homme conduit par Dieu.
Chaque instant fait croître en nous la nécessité d'une rencontre avec l'Esprit Immortel. Il y a quelque chose qui continue de maintenir les quatre piliers du monde, pendant que nous faisons nos expérimentations sociales ou bâtissons nos Utopies. Par exemple, nous devons avoir un accord définitif, ne serait-ce que sur le truisme de la fraternité humaine, qui seul résistera à la réaction de la brutalité humaine. Rien n’est plus susceptible maintenant d'arriver, que la corruption de nos gouvernements représentatifs qui mènera à la lâche partition de la richesse et au piétinement de toutes les valeurs d’égalité par un orgueil païen. Nous devons avoir des truismes partout reconnus comme véritables. Nous devons prévenir le retour de la morne répétition des erreurs anciennes. Nous devons rendre le monde intellectuel plus sûr pour la démocratie. Cependant dans les conditions de l’anarchie mentale moderne, ni cela, ni aucune idée n’est sûre, exactement comme les protestants en ont appelé à la Bible contre les prêtres, en ne réalisant pas que la Bible aussi pouvait être questionnée, et que de même, les républicains en ont appelé au peuple contre les rois, sans réaliser que le peuple aussi peut-être défié. Il n’y a pas de fin à la dissolution des idées qui étaient acceptées comme vraies, la destruction de tous les tests de vérité est devenue possible depuis que les hommes ont abandonné la volonté de conserver la Vérité centrale et civilisatrice, qui renferme toutes les vérités et ainsi nous rendre capable de démasquer et réfuter toutes les erreurs. Depuis lors, chaque groupe a fabriqué sa vérité et a passé son temps à la transformer en erreur. Nous n’avons plus rien d’autres que des idéologies ; ou en d’autres termes des monomanies. Mais l’Église n’est pas une idéologie, c'est un lieu de rencontre ; le lieu d'étude et de procès des idéologies de ce monde.
G.K. Chesterton. "Why I Am A Catholic." From Twelve Modern Apostles and
Their Creeds (1926).
Pour poursuivre:
http://chesterton.over-blog.com/
17 novembre 2009
Attraits comparés des monothéismes selon Régis Debray
"Chaque variante du père du Père éternel a ses sortilèges, un électromagnétisme propre à telle ou telle sorte d'esprit. Parmi les attraits du judaïsme: l'absence de dogme, le culte en famille (la table faisant autel), le côté pratique des misvoth, observances sans obligation de croyance, la cohésion dans les périls, une ancienneté sans égale. Parmi les séductions de l'islam: la simplicité doctrinale et la conversion éclair (une phrase à prononcer), la polygamie (pour les hommes), l'absence de monopole clérical, la libre concurrence des écoles, l'ignorance du péché originel, le confort des consultations juridiques, l'agrément du paradis (houris ou bien éphèbes). Plus familières nous sont, en Europe, les aménités chrétiennes: un Dieu à tutoyer, la sensualité des images, l'ouverture au féminin, le moindre poids des Ecritures, qui ne sont pas des diktats divins mais seulement inspirés, la valorisation de l'individu et la faculté de négocier avec l'absolu, moins inconnaissable, inaccessible et implacable qu'Allah. Qui souffre dans sa chaussure peut en chercher une autre à son pied. Et ce n'est pas à la chaussure qu'il faudra s'en prendre, en cas de malheur, mais au pied. Un obsessionnel se sentira à l'aise dans une religion de la Loi, judaïsme ou islam; la foi chrétienne s'entendra mieux avec un imaginatif ou un fantasque. L'individu qui aime agir en conscience trouvera plutôt son bonheur chez Luther. Le conformiste, l'homme d'ordre, à la mosquée. Aléa des caractérologies, mystère des affinités..."
p.417, "Un candide en Terre sainte (Gallimard 2008)", Régis Debray, Folio 2009
16 novembre 2009
Le sacré des sociétés occidentales depuis 1948
Nous autres, sommes résolument étrangers à cette religion civile de substitution qui voudrait effacer le sacrifice de la Croix, mais apprécions la franchise de l'auteur pour ce qui constitue la sacralité occidentale:
"La Constitution est l'englobant de l'Américain, comme le Coran du musulman, la Torah du juif; comme le sont, pour nous tous Occidentaux, la Shoah et Auschwitz. Que ce soit le "mur des Lamentations", le tombeau de Lincoln ou de Kennededy; la pierre noire de La Mecque ou la mosquée d'Al-Quod: dans aucune civilisation - et la chinoise elle-même, société sans théologie, n'échappe pas à la règle _ le lieu du sacré ne peut rester longtemps vacant. La place de l'interdit: occupant aléatoire, occupation nécessaire. Si l'on ne connaît pas de société dépourvue d'un ciment qui à la fois ses membres entre eux et à une valeur reconnue par eux; ou, si ce qu'une communauté historique sacralise, (la chose morale traduisant la chose vitale, et la conservation des valeurs suprêmes, l'instinct de conservation du vivant), est cela et seulement cela qui la fait exister comme communauté identifiable et durable, il n'est pas étonnant que l'ensemble des sociétés euro-atlantiques communie dans et par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948."
p.99-100, "L'Emprise", Régis Debray, Gallimard-Le Débat 2000
15 novembre 2009
Le couple selon Chardonne
"Le couple, c'est autrui à bout portant; il met face à face deux êtres vite dénudés, et suscite des exigences utiles, des tourments indispensables, avec une source vive d'humanité. Celui qui est en règle avec la société, qui a réussi dans la cité, qui est approuvé au-dehors, vient échouer devant une femme; elle réclame un être réel. Alors l'homme s'aperçoit que les autres lui demandaient très peu.
Des rapports vraiment intimes, l'égalité dans le tête-à-tête, une complète liberté de langage, une considération réciproque sont nécessaires afin que l'amour accomplisse sa mission. Ces conditions se retrouvent en France, pays de l'amour et de la famille.
Il faut aussi un abri indépendant pour le couple, un champs clos, où la société ne pénètre pas, ou le désordre soit possible, où quelque chose de vivant, de sauvage et de compliqué, une fois encore recommence entre les cœurs dissemblables et unis"
p.296, "Maximes et autres pensées remarquables des moralistes français", François Dufay, CNRS Editions, 2009, repris de "L'amour, c'est plus important que l'amour", Jacques Chardonne
14 novembre 2009
Bouquiniste
Bouquiniste
"Je passais le long de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas."
Du quai du Louvre au quai de l'Hôtel-de-Ville, du quai de la Tournelle au quai Voltaire, Paris est bien la seule ville à posséder des bibliothèques en plein air. Est-ce l'odeur de bouc des reliures en peau de chèvre qui a donné leur nom aux bouquinistes, ces "marchands d'esprit" ? D'abord colporteurs de chansons, de périodiques et d'abécédaires, ils arpentaient le Pont-Neuf, l'étal accroché au cou. Ils installèrent les premières "boîtes à livres d'occasion" quai Saint-Michel, quai des Grands Augustins, la rive gauche étant la patrie du livre et de l'édition depuis la fondation de la Sorbonne. Le cardinal Mazarin les fit chasser. Les bouquinistes devront attendre jusqu'en 1891 pour être reconnus, obtenir le droit de sceller leurs boîtes sur les parapets- à condition tout de fois de laisser des échappées sur le fleuve. Les saisies révolutionnaires et le pillage des couvents ont longtemps enrichi leur fonds. Aujourd'hui, c'est aux Puces, dans les greniers et les salles des ventes que les bouquinistes trouvent leurs filons. cepeandant, il est de plus en rare de pêcher, au milieu de la drouille, une édition originale."
p.23, "Les mots de Paris", Jérôme Godeau, Valentine de Ganay, Paris Musées/Actes Sud, 1996
13 novembre 2009
En longeant la Seine à La Frette
"Débouchant sur le quai, le visiteur des samedis et des dimanches n'en croit d'abord pas ses yeux, lui barrant la vision, toute une série de voiles blanches en mouvement danse sur le fleuve. Impression drôlatique et gaie, en pleine banlieue, de port quasi maritime ! (...) Pour peu que le temps soit clair, ensoleillé, le promeneur prend le temps d'analyser son plaisir. Posée à côté du fleuve, une insolite petite église met en valeur sa large boucle, saluant l'immense plaine qui s'étend à partir de l'autre berge. Derrière elle, une longue et sage rangée de maisons rurales rappelle le passé vigneron, paysan, pêcheur du village. Ça et là, parmi elles ou s'étageant sur le coteau, des villas à tourelle et à parcs donnent à l'ensemble un aspect côte d'Emeraude, évocateur de vacances et de bien-être bourgeois."
p.29/30, "Guide du Val d'Oise insolite", Bernard et Marie-Paule Défossez, Ed. Valhermeil, 2008
12 novembre 2009
Mauriac à Vemars
"Je sais que sous ces ombrages saturés d'eau et dans ce soleil trouble, l'esprit jouit de son propre éveil." En 1940, François Mauriac dans son Journal a des mots pleins de reconnaissance pour parler du parc de La Motte à Vémars, son "jardin du Val-d'Oise." Pourtant en 1923, quelque vingt ans auparavant, il n'hésitait pas dans son roman Le Fleuve de feu, à dépeindre la région comme "une campagne empoisonnée d'engrais et où tournent les corbeaux à peine plus noirs que le ciel."
De l'Aquitaine à l'Ile-de-France
Lui, l'enfant et le romancier de Malagar en Aquitaine, apprendra à connaître la Seine-et-Oise grâce à sa femme Jeanne Lafon, descendante d'une longue lignée originaire du Pays de France: les Bouchard. Nom que l'on trouve déjà au XIIe siècle du côté de Montmomency. A la mort de leurs parents, Jeanne et sa soeur hériteront du domaine de Vémars, et en 1951 François Mauriac rachètera la part de sa belle-soeur devenue l'épouse de Georges Gay-Lussac. L'écrivain-académicien et prix Nobel de littérature à l'automne 1952 écrira: "Le cimetière est là, à la porte et j'y ferai creuser ma tombe voisine de celle des Gay-Lussac."
En 1984, la propriété de la rue Léon-Mouchard est devenue la mairie de Vémars. Mairie, mais aussi musée dans ce qui fut le salon de l'écrivain. On y trouve ses livres et des objets personnels: son bureau, son lampe, ses lunettes, son poste de radio et de nombreuses photographies. C'est à Vémars que François Mauriac écrira son dernier roman Un Adolescent d'autrefois, tout comme les dernières lignes de son fameux Bloc-Notes, le 1er août 1970, un mois avant sa mort."
p.138/139, "Guide insolite du Val d'Oise", Bernard et Marie-Paule Défossez, Ed. Valhermeil, 2008
11 novembre 2009
Fête de Saint-Martin
Saint-Martin est l'une des figures majeures de l'évangélisation de notre pays, et le fondateur du premier monastère à Ligugé en Europe.

Dans l'église Saint-Martin d'Herblay
- Terre cuite
- Bois
- Datation
- XVIIe siècle
Saint Martin, enrôlé dans la garde impériale romaine, tranche d'un coup d'épée sa chlamyde pour en donner la moitié à un malheureux. Cette œuvre en terre cuite est un exemplaire unique en Val-d'Oise. Le même thème, sculpture sur pierre fort endommagée, domine le toit de la sacristie construite au XVIe siècle. Sur le mur voisin, deux graffitis représentant des fers à cheval répètent la dévotion des cavaliers au patron de l'église.
http://www.saintmartindetours.eu/
03 novembre 2009
Liturgie d'automne
Dans "Présent" de ce jour, Jean Madiran, un roc pour notre temps d'effondrement:
Novembre. La pluie sur les feuilles mortes. Les derniers dimanches après la Pentecôte. Et la répétition de cet introït : Dicit Dominus. Le Seigneur parle : Ego cogito cogitationes pacis et non afflictionis. J’ai, dit-Il, des pensées de paix et non d’affliction. La mélodie grégorienne est apaisante en effet. Cette mélodie-là. Invocabitis me, et ego exaudiam vos :
invoquez-moi et je vous exaucerai. Chaque année ces paroles et leur
mélodie réveillent en moi le souvenir de novembre 1944, la grâce
d’avoir connu André Charlier, c’est lui qui a commencé à me faire
entrer véritablement dans la prière de l’Eglise. Dimanche après
dimanche, je découvrais le grégorien. Et reducam captivitatem vestram de cunctis locis : et
de partout je ramènerai vos captifs. Nos captifs ! Partout en France
nous avions nos prisonniers, nos condamnés, nos torturés, victimes
d’une sauvage révolution. Et puis après la mélodie venait la psalmodie,
avec la fraîcheur d’une bise légère : Benedixisti, Domine, terram tuam ; avertisti captivitatem Jacob. Seigneur,
vous avez béni votre terre, vous avez arrêté la captivité de Jacob.
Quel chant d’espoir. Et encore, à la fin de la messe, le chant de la
communion : Amen dico vobis, quidquid orantes petitis, credite quia accipietis, et fiet vobis.
En vérité je vous le dis, tout ce que vous demandez dans vos prières,
croyez que vous le recevrez. Dans nos prières nous demandions la vie
sauve pour ceux de nos captifs qui avaient échappé aux massacres. Je ne
savais pas, on ne l’a su que plus tard, le sort de ces très jeunes
miliciens qui n’avaient jamais touché une arme ni commis aucun crime de
sang, et qui furent torturés et sodomisés dans les prisons
républicaines avec un acharnement interminable, il y eut quelques
survivants, finalement relâchés, exsangues et l’anus éclaté. Et tant
d’exécutions sommaires. Invocabitis me, et ego exaudiam vos. La
vie sauve, Seigneur, pour ceux qui n’avaient pas encore été tués. Le
Maréchal. Maurras. Brasillach ! Tout s’était effondré sous un souffle
brûlant, une tornade infernale. Le chaos. Quelle chute. Quel
anéantissement.
Pourtant, j’étais né dans l’Empire. Je
suis né dans la métropole d’un empire français sur lequel le soleil ne
se couchait pas. Comme François Brigneau. Comme Luce Quenette. Comme
Dom Gérard. Je suis né dans une France victorieuse, j’ai grandi dans un
pays qui avait la plus forte armée du monde, et dans les atlas,
teintées en rose, des « possessions » dans tous les continents. J’ai
appris par cœur les « trois départements français d’Algérie », les cinq
« établissements » français en Inde, « Pondichéry, Chandernagor,
Karikal, Yanaon et Mahé », et tout le reste. Quand j’avais vingt ans,
cet empire français fut abattu par le plus grand désastre militaire de
notre histoire. Dans ce malheur soudain et total, une voix s’élève
alors pour entreprendre de rebâtir la patrie française. Par sa bouche
parle un millénaire de labeurs, d’espérances, de sagesses et de
courages du peuple français, depuis sainte Clotilde, saint Rémi, saint
Eloi : ce fut toujours pour dire « travail, famille, patrie ». La
France va renaître parmi les deuils et les misères du temps présent,
elle va se retrouver elle-même, fille aînée de l’Eglise. Et puis en
1944, une subversion totale n’en laisse rien subsister, plus rien de
temporel à quoi appartenir. Au fond de l’affliction je découvre alors,
chantée en grégorien, la paix de Jésus : Dicit Dominus, ego cogito cogitationes pacis et non afflictionis. C’était il y a soixante-cinq ans, c’était hier, en novembre 1944.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 6961
du Mercredi 4 novembre 2009




