Lectures paresseuses

27 août 2015

Houellebecq, la nostalgie du sacré ?

Tiré du chapitre, Houellebecq: Dieu, la bouteille et le sexe: 

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"Il ne faut pas lire Houellebecq au premier degré, ni même au second, mais en creux comme un alphabet en braille. Alors apparaissent transfigurés un désespéré sous le cynique, un sérieux sous l'humour, un nostalgique du religieux sous le sarcasme, un enfant dépravé dont le cœur est resté pur, qui rêve à un Moyen Age perdu, au culte marial, aux pèlerinages, aux fièvres de la foi, à cette ivresse à partager une même vision de ce monde et de l'autre, qu'on a échangé dans un marché débile contre cette fausse monnaie: la liberté. (...) Contrairement aux apparences, c'est une petite fleur bleue qui a poussé sur le fumier de la décadence."

p.634/635,'Ces amis qui enchantent la vie"(2015), Jean-Marie Rouart, Robert Laffont

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Marcel Aymé et le refus de l'enrôlement

Tiré du chapitre Marcel Aymé: l'enchanteur du réel:

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"Dans une époque où la vie intellectuelle a été fortement secouée par la politique, les idéologies, l'engagement, Marcel Aymé s'est voulu une sorte d'objecteur de conscience, se refusant obstinément à toutes les manières d'enrôlement. C'est un artiste qui, dans la tempête des idées, le sectarisme et le choc des factions, ressemble à un Montaigne ou à un Erasme. Alors qu'on s'étripe et qu'on se jette des anathèmes, lui tente de comprendre l'homme pas tel qu'il devrait être mais tel qu'il est, avec ses faiblesses nombreuses et cette grâce quasi divine qui parfois le traverse: les éclairs de bonté qui rachètent sa médiocrité."

p.182,"Ces amis qui enchantent la vie"(2015), Jean-Marie Rouart, Robert Laffont

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Présentation de Gombrowicz par Jean-Marie Rouart

  

9782221157060Tiré du chapitre Gombrowicz: l'exil est son royaume

"Gombrowicz aime troubler les pistes. On ne sait pas toujours si son rire est jovial ou grinçant, si son humour n'est pas le paravent élégant de son pessimisme forcé. Il ricane avec des airs d'adolescent provocateur qui veut choquer le bourgeois et qui dissimule son désarroi sous la fanfaronnade. Il y a de la pose chez lui, du dandysme à la polonaise, une forme d'extravagance qui tient de Brummel, de Byron, avec des ingrédients locaux, une forme d'anarchisme désespéré et d'aristocratisme populiste. L'âme polonaise ne redoute pas les excès ni les contradictions."

p.796,"Ces amis qui enchantent la vie"(2015), Jean-Marie Rouart, Robert Laffont

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23 août 2015

Le déracinement comme traumatisme

Déportée en Sibérie en 1944 jusqu'en 1955, dans le train de retour, elle traverse ce qui était avant-guerre la Pologne orientale:

  

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"Nous regardions tous par les fenêtres comme si voulions reconnaître chaque arbre, chaque arbuste. Au moment de nos arrestations ces terres étaient encore les nôtres, c'était notre pays, notre terre patrie. Désormais des inscriptions en russe apparaissaient sur les routes, dans les gares que nous connaissions bien. Pareil arrachement, racines comprises, à la terre sur nous avions grandi, où chaque étaient nôtres, est un acte inhumain, un acte épouvantable. Nos années de guerre nous avaient encore plus liés à cette terre.Je ne voudrais pas utiliser de mots grandiloquents, mais il est de fait que nous nous sommes battus pour cette terre, beaucoup parmi nous ont donné leur vie pour elle. Quand à nous qui avions été arrêtés, elle nous avait coûté notre jeunesse et notre santé. Sur le chemin du retour, nous croisions des vestiges d'incendies, des villages dépeuplés, des moignons morts d'arbres fruitiers. Nous regardions cela et nul n'aurait pu nous raconter d'histoires parce que nous avions gardé en mémoire les contours de chaque colline comme la ligne de forêts s'étendant à l'horizon. Nous les dépassâmes également pour ne plus jamais y revenir."

p.349/350,"Une absurde cruauté"(1984 en polonais"Po Wyzwoleniu", 2000 pour la traduction française), Barbara Skarga, La Table Ronde

Biographie: http://www.babelio.com/auteur/Barbara-Skarga/135022#citations


Avant de devenir la rédactrice en chef de la revue Etyk, Barbara Skarga avait étudié la littérature à l’université Varsovie et de Vilnius. Pendant la 2de Guerre Mondiale, elle avait été active comme officier de liaison pour l’armée polonaise, qui avait conduit à son arrestation par le KGB en 1944. Elle a ensuite passé 11 ans dans les camps de travail russes. « Po wyzwoleniu... 1944-1956 » (Après la Libération… 1944-1956) est le récit de ces années d’exil publié sous le pseudonyme Wiktoria Kraśniewska.

Philosophe et écrivain
En 1955, elle est revenu à Varsovie pour terminer ses études où elle a obtenu son doctorat. Elle a dirigé la revue Etyk, signé plusieurs ouvrages philosophiques et enseigné à l’institut de philosophie et de sociologie. En 1980, elle avait été nommée présidente comité de direction des sciences philosophiques à l’Académie Polonaise des Sciences. C’est quelques années plus tard en 1988 qu’elle est devenue professeur en sciences humaines, en s’intéressant particulièrement à la pensée humaine et à la rationalité. En 1995, lui avait été décerné l’ordre de l’Aigle Blanc.
Barbara Skarga était à la fois une grande humaniste, éminente philosophe, historienne de la philosophie, et auteure de nombreux livres comme Les Limites de l’historicité, Une Absurde Cruauté, ou encore Résistances.
Méconnue en France, faute de traduction, c’était pourtant également l’une des plus éminentes spécialistes de la pensée française du 19ème et 20ème siècle.

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18 août 2015

Les élans de la charité

  "Dans le long exercice de la charité, son cœur en a oublié les élans."

p.179,"Brûlebois"(1926), Marcel Aymé, Folio N°711, premier roman

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Impersonnalité des hôpitaux

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  "Désolation égalitaire des communautés asexuées où la souffrance ne crée pas de ferveur. Désespoir des symétries où l’adversité a réduit les hommes qu'un Devoir n'oblige pas.
Dans ces lignes dures, ces alignements tirés au cordeau, pas un creux où puisse se nicher l'espoir. L'avenir tient dans ces lits numérotés où des malades remplaceront des malades, toujours. L'avenir n'est qu'un présent prolongé. Le souvenir, seul, peut vivre et faire vivre, dans cette atmosphère empesée, uniforme. Aux heures de fièvre, il en est qui se rappellent des heures douces entre toutes, dans un air léger; des paysages de fantaisie, une carriole grimpant une rue tortueuse dans un soleil clair et qui dérobe un instant les lignes inflexibles de la salle d'hôpital. D'autres évoquent des espoirs de naguère, regrets maintenant, à cause du lit qu'il faudra quitter demain pour descendre à la morgue, froids."

p.159, Brûlebois"(1926), Marcel Aymé, Folio N°711, premier roman

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Prière du soiffard

 

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"Mon Dieu, je suis un dévoyé et un soûlot, mais vous exaucerez sûrement quand je vous aurai tout dit J'ai été paresseux toute ma vie, ça c'est vrai, mon Dieu, mais je n'ai jamais fait de mal à quiconque. Aux pierres du matin, aux ronces du chemin, mes pieds ont saigné, mais je n'en ai jamais eu de souci, parce que je ne regardais que les églantines, qui étaient belles dans les buissons d'épine. J'ai toujours espéré, Mon Dieu, et les enfants m'aimaient. J'ai passé mon temps à flâner, j'ai bu tant que j'ai pu, mais je n'ai rien fait qu'aimer et mes mains ne savent pas les couteaux. Tenez, Mon Dieu, voilà mon cœur, je vous le tends, il n'y point de fiel pour ainsi dire. Je n'ai été qu'un pauvre purotin et j'ai vu sans envie des hommes qui sont riches. Je ne les ai même pas méprisés. Les gens qui me rencontrent disaient:" C'est Brûlebois!" Et ils riaient, et moi, de leur rire, je me suis fait une belle parure pour entrer chez vous, Mon Dieu. J'avais souhaité m'endormir dans un rêve de vin, sous l'acacia devant la sortie des voyageurs et vous ne l'avez pas voulu. C'est bien probable que vous avez vos raisons, Mon Dieu, et je ne discute pas. Mais maintenant que je vous ai livré mon cœur, je vous demande de faire une place au paradis,et, sans vous commander, je serais content si vous mettiez un tonneau en perce pour quand c'est que j'arriverai; du rouge, Mon Dieu, si ça ne vous fait rien..."

p166/167,"Brûlebois"(1926), Marcel Aymé, Folio N°711, premier roman

Voir les différentes édition du livre: http://marcelayme1.free.fr/marcel_ayme/editions/romans/brulebois.html

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07 août 2015

La revue Kultura en réaction au réflexe anti-russe

   "Le mérite de Kultura d'avoir, dès le début, contre la haine irrationnelle des Russes, si répandue en Pologne, est d'autant plus grand que sur les six personnes qui constituaient le "noyau initial" de la revue, quatre avaient été déportées en U.R.S.S après l'annexion de la partie orientale du pays: Joseph Czapski, Gustaw Herling-Grudzinski, Zofia et Zygmunt Hertz. Les deux premiers ont d'ailleurs écrit d'excellents livres sur cette expérience, à à une époque où l'opinion intellectuelle occidentale niait, dans sa majorité, l'évidence du Goulag."

p.44/45, "Gombrowicz en Europe 1963.1969"(1988), Rita Gombrowicz, Denoël

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Gombrowicz comme éveilleur par C.Milosz

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  "Ce qui me frappe le plus dans ces polémiques, c'est un affranchissement total des complexes, l'absence de tourte méchanceté entre les lignes. Gombrowicz moraliste: il appliquait à lui-même son enseignement disant qu'il faut révéler les démons pour les chasser. Il était un homme étonnamment pur. En avouant ouvertement qu'il se considérait comme un grand écrivain à qui les autres arrivent à peine à la cheville, il extériorisait, plaçait les autres pour ainsi dire en-dehors de lui-même ce qui envenime les autres de l'intérieur et éclate malgré eux en des explosions d'orgueil agressif."

p. 63, "Gombrowicz en Europe 1963.1969"(1988), Rita Gombrowicz, Denoël

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