23 juin 2009
Baptême de Nicolas de Staël
"Tel un prince, il est baptisé dans la cathédrale où reposent les dépouilles des tsars.
Le général Vladimir de Staël organise lui-même le protocole des offices religieux. Les Glazounov et les Bérednikov, les Staël von Holstein et notamment le frère de Vladimir, Alexis Ivanovitch, aide de camp du grand-duc, grand-oncle de Nicolas II, se retrouvent pour cette cérémonie intime dans la "maison de Dieu".
Quelques jours plus tard, le 6 janvier 1914, le tsar se rend à son tour à la forteresse Pierre-et-Paul pour présider la traditionnelle bénédiction des eux de la Néva. En face, au pied du palais d'Hiver, se sont massées les dignitaires et les gentilhommes, les trois cents chambellans et toute l'aristocratie. Tout ce monde attend d'apercevoir, sur la rive droite, le tsar, la tsarine, les princes et les grands ducs, Son Excellence le gouverneur Danilov et son adjoint Vladimir Ivanovitch de Staël, pour évoquer la clémence du ciel et conjuer la grande peur d'un déluge. Sur fonds d'hymnes religieuses, ce ne sont que prières inspirées et génuflexions ferventes.
Sur l'autre rive, l'office célébré dans la basilique Pierre-et-Paul s'achève dans les vapeurs d'encens. Précédée de deux novices portant haut les bannières de la cité, une longue procession de popes en sort et s'étire, à laquelles participent, emmitouflées dans d'épaisses pelisses d'ours, le visage frotté d'huile de phoque, Marina et Nicolas de Staël.
Du cortège s'échappe un chant grave, une mélopée mystique destinée à apaiser les esprits de la Néva. Posté au sommet du bastion Narychkine, Nicolas II se signe. On tire une salve de mitraille qui traverse le bras du fleuve en résonnant. Et puis d'autres, jusqu'à la cent unième. Longtemps l'odeur de la poudre reste en suspension dans l'air."
p.26-27, "Le Prince foudroyé-La vie de Nicolas de Staël"( Fayard 1998), Greissamer Laurent, Livre de poche 2009
Repères: http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Sta%C3%ABl
22 juin 2009
Vestiges du constructivisme révolutionnaire: Pyramiden
"(...) Pyramiden est un vestige du constructivisme révolutionnaire, en territoire norvégien.(...)
dans le temps comme dans l'espace, c'est un voyage de la ville de Staline au dernier avant-poste de son utopie soviétique. Pyramiden a été dimensionnée pour accueillir deux mille habitants, sans qu'ils aient jamais tout à fait aussi nombreux à y passer l'hiver. (...)Pyramiden est l'Utopie, poussée à l'extrême, dans l'extrême Nord, vidée de son contenu, figée dans le temps, par le froid arctique, par les conjectures économiques, par la guerre froide, par le capitalisme triomphant."p.13
"Pyramiden en Arctique est aujourd'hui une ville minière désaffectée, et en même temps un verset du moderne, une trouvaille archéologique importante dans l'une des sépultures du haut modernisme européen."p.16-17
"Pyramiden-Portrait d'une utopie abandonnée", Kjartan Flogstad, Actes Sud , 2009
Quatrième de couverture:
Loin
là-haut, à 10 degrés du pôle nord, sur l’archipel perdu du Svalbard
(Spitzberg), territoire norvégien, les Russes exploitent depuis près
d’un siècle quelques mines de charbon. Autour de l’une de celles-ci,
Pyra miden, fut construite une ville qui, dans les années 1990,
comptait 2 500 habitants. En quelques semaines, ils abandonnèrent
totalement les lieux. La ville subsiste, témoin d’une architecture
idéale socialiste. Dans le palais de la culture, des photos montrent
les dernières rencontres sportives et les spectacles scolaires comme
s’ils dataient d’hier. Les livres sont sur les rayons de la
bibliothèque, les jouets sur le parquet de la crèche, les animaux
locaux empaillés attendent un improbable visiteur du musée. A
Pyramiden, le temps s’est arrêté.
Outre une réflexion sociale,
politique mais aussi littéraire sur cette belle ville fantôme perdue
dans un bout du monde, et qu’il a visitée, Kjartan Fløgstad analyse le
projet culturel et social de Pyramiden en l’élargissant au thème de la
mine, avec des références que l’auteur puise dans le folklore comme
dans la littérature (Orwell, Kapuscinsky, Zola) ou la musique (Dylan,
Lluis Lach, Woody Guthrie). Centré sur la construction d’une utopie
urbaine, son essai interroge un projet moderniste aussi bien que les
valeurs idéales du travail, symbolisées par le mineur, archétype de
l’ouvrier communiste victorieux face à l’avenir, mais aussi du
travailleur productif en Occident dans les années 1950.
Kjartan Fløgstad, né en 1944, est connu en Norvège comme poète, romancier engagé et essayiste. Ancien marin, il est toujours resté proche de la classe ouvrière. Habitant du grand Nord de la Norvège, il a longtemps vécu à quelques kilomètres de la frontière russe. En France ont déjà paru Le Chemin de l’Eldorado, Esprit ouvert, 1991, et Grand Manila, Stock, 2009.
21 juin 2009
Palestrina, la quintessence de la Rome baroque
Jour dédié à la fête de la Musique, c'est l'occasion d'écouter Palestrina, disponible en kiosque d'un coffret de 10 CD vendu à 9, 90 € dans la collection "Éternelle musique", Atlas. Né probablement en 1525, fils d'un humble paysan orphelin de sa mère à 9 ans, Giovanni Pierluigi da Palestrina a été au service des papes pour l'illustration de la Contre-Réforme. Un grand nom de la musqiue sacrée catholique.
Musique et Contre-Réforme
"La Rome de Palestrina est le centre intellectuel et artistique de la Contre-réforme menée par les autorités catholiques pour contre-carrer l'influence des protestants. L'Eglise réagit avec vigueur et affirme sa force dans un art triomphant et spectaculaire qui trouvera son expression la plus achevée dans le baroque du XVIIe siècle. Le Concile de Trente se réunit de 1542 à 1563 pour redéfinir le culte et le dogme et examiner la place de la musique dans l'Eglise. Un décret rédigé en 1562 reprend les critiques énoncées par la pape Marcel II en 1555 pour fixer les critères d'un nouveau style musical. L'intelligibilité des paroles prime sur toute chose et les emprunts à la musique profane ainsi que les ornements faisant obstacle à la compréhension du message divin sont proscrits. Palestrina, parce qu'il avait aussitôt mis en pratique ces consignes dans sa Messe du pape Marcel, fut considéré comme le chef de l'école romaine et son style devient le style officiel de l'Eglise."Livret du coffret
http://fr.wikipedia.org/wiki/Giovanni_Pierluigi_da_Palestrina
A écouter ici: http://video.google.fr/videosearch?q=palestrina&sourceid=navclient-ff&rlz=1B3GGGL_frFR177FR230&um=1&ie=UTF-8&sa=N&hl=fr&tab=wv#
20 juin 2009
Apport de Saint-Paul
Pour la clôture de l'année Saint-Paul, Marie-France Baslez , auteur de "Comment notre monde est devenu chrétien" (CLD 2008) exprime une excellente mise en perspective de l'apport paulinien dans le n°1640 de "Famille Chrétienne", p.53:
"Alors que, pour les Anciens, le monde doit rester identique à lui-même, à travers la vision cyclique d'un recommencement éternel, pour Paul, le monde doit être transformé. Mais cette transformation ne doit pas procéder d'une révolution sociale, elle doit advenir de proche en proche, à travers la régénération des cœurs. Celle-là nous fait percevoir l'autre, tout autre, comme une à personne. il n'est plus d'abord un homme ou une femme, un maître ou un esclave, un Noir ou un Blanc. C'est une personne à part entière, avec qui je peux avoir une relation de réciprocité."
Source: http://www.famillechretienne.fr/
18 juin 2009
Les "libertaires" en faveur de la persécution judiciaire
L'auteur a été journaliste à Arte, au Parisien, chroniqueuse à Canal +. Elle collabore aujourd'hui à Charlie Hebdo. Un itinéraire emblématique du gauchisme culturel devenu hégémonique en France.
"La thèse de ce livre est pourtant que Dieudonné est un personnage dangereux qui doit être combattu sur le plan judiciaire chaque fois que c'est possible. Il se drape ensuite dans sa posture favorite de victime du "système" ? Peut-être, mais il n'y a pas de moyen de faire autrement. Le dieudonnisme - allez, faisons-lui cet honneur-, comme le faurissonisme, c'est aux avocats et aux historiens de le combattre, pas à pas."
p.172-173, "Dieudonné démasqué", Anne-Sophie Mercier, Seuil 2009
16 juin 2009
La route de l'ambre
Travail du deuil
"On fait son deuil. c'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve,sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid de tous ces jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre, après avoir traversé seul les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué."
p.22, "La légende de nos pères", Sorj Chalandon, Grasset 2009
14 juin 2009
Séquence de la Fête-Dieu
Ecrite par Saint Thomas d'Acquin, cette séquence a retenu particulièrement mon attention lors de la messe:
"Le nouveau rite chasse l'ancien, la réalité chasse l'ombre, la lumière fait disparaître la nuit.
Ce qu'à la Cène le christ accomplit, il ordonne de le renouveler en mémoire de lui."
13 juin 2009
Cimetière Picpus: souvenir ensanglanté de la Révolution
"L'instauration de la grande Terreur multiplie les exécutions: du 11 juin au 18 juillet 1794, soit, près de trente par jours. Sous prétexte d'hygiène, la Convention a voté l'éloignement de la guillotine du centre de la ville. Le 9 juin, elle a été dressée place de la Bastille, mais les sans-culottes du Marais et du faubourg Saint-Antoine demandent son déplacement. Le 13 juin 1794, la guillotine s'installe sur la place du Trône Renversé ( de la Nation aujourd'hui'). Mais que faire des nombreux corps décapités ?
Le couvent des chanoinesses augustines de la Victoire de Lépante (35 rue de Picpus), devenu bien national, a été loué à un certain Ridéain. Le 13 juin 1794, il reçoit la visite, il reçoit la visite de deux employés des travaux publics de la Commune de Paris qui inspectent le jardin. Le lendemain, une équipe de terrassiers abat le mur nord de la propriété, creuse une grande fosse dans l'angle sud-est du jardin et Riédain est avisé que cette fosse,ainsi qu''une deuxième ensuite, est destinée à recevoir les corps des personnes décapitées sur la très proche place du Trône Renversé.
Du 13 juin au 28 juillet, 1306 suppliciés sont inhumés dans ce qui devenir le cimetière de Picpus. Outre les poètes André Chénier et Roucher, y figurent les plus grands noms de la noblesse: Clermont-Tonnerre, Créqui, Gramont, Montmonrency,Noailles et Ornano. En 1797, un représentant de la princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmarigen achète l'emplacement du cimetière, car son frère, le prince Salm-Kyburg, faut partiedes victimes. Une association est fondéepour gérer ce cimetière et les parents des guillotinés commencent dès 1805 à se faire enterrer à côté de leurs proches. le marquis de La Fayette, gendre de la duchesse d'Ayen guillotinée, y a été enterrée en 1834. C'est devant sa tombe que le repésentant du général pershing, commandant en chef du corps expéditionnaire des Etats-Unis d'Amérique durant la Première Guerre Mondiale, le colonel Charles E.Stanton, a prononcé la célèbre phrase:"La Fayette, we are here!"
p.197, "Paris au jour le jour", Alfred Fierro, Arcadia Editions 2005
http://www.arcadia-editions.com/
Un reportage sur le lieu:
http://pietondeparis.canalblog.com/archives/2007/10/26/6672391.html
12 juin 2009
Sermon de Van Gogh
Fils de pasteur, Vincent Van Gogh a été prédicateur, voici un extrait de son premier sermon prononcé le 19 Octobre 1876:
"Notre vie nous pourrions la comparer à un voyage. Nous allons du lieu où nous sommes nés vers un port lointain. Notre enfance pourrait être comparée à une partie de canot sur un fleuve; mais bientôt, oui bientôt les vagues deviennent hautes, le violent plus violent. Presque sans nous en être aperçu nous voilà sur la mer et la prière de notre cœur monte vers Dieu:"Seigneur, protège-moi car ma barque est si petite et ta mère si grande." Le cœur de l'homme est semblable à la mer, il en a les marées, il en a les tempêtes; il a sa profondeur. Il a aussi ses perles. Et le cœur qui cherche Dieu a plus qu'un autre ses tempêtes..."
repris p.42, dans"C'était mon frère..."( 2006), Judith Perrignon, Folio 2009




