Le dernier livre de Jean-Louis Fournier réussit la prouesse d'aborder un sujet sur le fil du rasoir - le handicap physique d'enfants, sur un mode acerbe non pour amoindrir mais rendre plus émouvant ce que représente cette épreuve pour les parents. L'acidité du ton est le voile pudique pour canaliser le désarroi. On se prend à rire, ébahi devant l'audace du ton pour mieux interrompre la lecture ...et pleurer de compassion.

"Mathieu fait souvent "vroum-vroum" avec sa bouche. Il se prend pour une automobile. Le pire, c'est quand il fait les Vingt-Quatre Heures du mans. Qu'il roule toute la nuit sans pot d'échappement.
  Je suis allé plusieurs fois lui dire de couper son moteur, sans succès. C'est impossible de la raisonner.
  Je n'arrive pas à dormir, demain je dois me lever tôt. Parfois, il me vient dans la tête des idées teribles, j'ai envie de le jeter par la fenêtre, mais nous sommes au rez-de-chaussée, ça ne servirait à rien, on continuerait à l'entendre.
  Je me consoleen pensant que les enfants normaux aussi empêchent leurs parents de dormir.
   Bien fait pour reux".

p.22, Où on va, papa ?, Jean-Paul Fournier, Stock, 2008
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