La Géorgie est revenue dans l'actualité internationale, c'est l'occasion de reprendre la lecture du livre de Jean Rolin, "L'homme qui vu l'ours", POL, recueil des reportages de l'écrivain-voyageur. L'auteur prend un taxi, et essaye de nouer une conversation avec le chauffeur ce qui nous vaut cette anecdote:

51K0ZZWEXQL(...) "Au prix d'efforts surhumains, apoplectiques, le chauffeur parvint même à hurler en français une phrase entière - "Vive le camarade Joseph Staline" - que nous reprîmes en choeur, cette petite lâcheté nous valant de ne pas régler le prix de la course, car le Géorgien est aussi généreux qu'il est stal.
   Staline, c'est indéniable, jouit d'une immense faveur dans cette ville de Tbilissi. Non seulement le parc couronne les hauteurs de la ville porte son nom, mais aussi le quai de la Koura - dont les Tbilissiens retirent une fierté prodigieuse, sous prétexte qu'il est bâti dans un granit imitant assez le béton armé-, et son effigie officielle, en bas-relief, apparaît à deux reprises, une fois en médaillon et une autre fois de pied en cap, sur la façade de l'Institut du marxisme-léninisme, un grand palais néoclassique dû à l'architecte Chtioussev, l'un des grands maîtres de l'académisme stalinien, et sans doute l'architecte favori du père des peuples. Enfin l'Infotouristne se gêne pas pour recommander l'excursion à Gori, ville natale du petit Joseph, comme l'une des deux ou trois choses que le touriste se doit de faire en Géorgie, sans parler de la visite du séminaire où il fit ses premières armes, de l'imprimerie où il imprima ses premiers tracs, etc.
   En dehors de tout contexte officiel, il est fréquent  à Tbilissi de trouver le portrait de Staline dans les autobus, dans les échoppes, dans de petits ateliers de cordonniers ou de réparateurs de montres, et ceci d'autant plus, en règle générale, que le local est plus minable, et plus pauvres ses usagers." (...)

p.263-264, Libération, 23 août 1985