Vu de La Frette

Un Gallo-(catholique)romain du Val d'Oise, des citations pour nourrir le fil des jours

30 septembre 2008

Le Paris haussmannien, quintessence de l'universalité parisienne ?

David, enfant né d'une liaison éphémère entre un français et une américaine, séjourne à Paris pour confronter son rêve de la France de la Belle-Epoque à la France contemporaine, de retour à New-York, il rumine ses réflexions:

operaavenue "On peut bien déplorer les outrages du baron Haussmann, éventrant l'ancienne cité pour édifier des quartiers bourgeois. Un siècle plus tard, son urbanisme se confond toujours avec l'image et le rêve de Paris. Un dédale ordonné relie les gares aux jardins, les jardins aux places, les places aux brasseries. Le promeneur reconnaît aisément l'allure de ce monde qui semble avoir poussé d'un seul jet avec ses boutiques aurez-de-chaussée, ses balcons au deuxième étage, ses théâtres de boulevard, ses toits de zinc, ses lignes de métro parallèles aux avenues. Le même style parisien relie les vieux porches de la restauration, les balustrades nouille et les façades Art Déco. Tout ce qui s'est construit entre 1800 et 1950 a façonné , pour l'essentiel, le caractère universel de cette ville. Tout ce qui s'est bâti dans la seconde moitié du XXe siècle paraît d'un autre ordre et comme superflu, incapable de raviver une singularité parisienne. Les nouveaux monuments poussent comme des anecdotes.Ils tentent de prendre place, mais chaque coin de rue rappelle aux habitants les vestiges d'un autre monde.
   9782070302611_0_2003301149                        

"L'Européen d'aujourd'hui vit dans cette espèce de schizophrénie. Il grandit dans un décor chargé de souvenirs. Il rêve d'être à la fois d'hier et d'aujourd'hui. Il piétine sous les ombres de son passé, tout en cherchant ses modèles dans un nouveau style mondial, très banal, qui se répand comme un champignon sur les ruines. L'Amérique provinciale se greffe sur l'Europe provincialisée. La vieille beauté perdure comme une spécificité culturelle..."

p.251-252, "Le Voyage en France"(2001, Prix Médicis), Benoît Duteurtre, Folio

http://duteurtre.free.fr/guppy/

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29 septembre 2008

Quand un Polonais découvre l'éclat du Midi: Gombrowicz

270px_Gombrowicz2Dédié à Denis:    

"Mais je me souviens très bien que lorsque j'aperçus pour la première fois au loin la surface immobile et étincelante de la mare latine, tandis que je pédalais au milieu de ce groupe de méridionaux déchaînés,(...) se révéla à moi d'un coup, comme si un rideau venait à se lever. Ce que n'avaient pas réussi à faire toutes les cathédrales et les musées de Paris, ce ruban de route vertigineux, qui piquait droit sur la mer, le fit: je compris soudain le Sud, la France, l'Italie, Rome et mille autres choses, tout cela me devient  pour la première fois précieux- à moi qui vais toujours considéré les bruns comme un type humain inférieur. La blancheur de ces pierres, le gris noble, cendré, des platanes, l'azur devant nous et au dessous de nous, la netteté des lignes, la plénitude des formes- je comprenais tout. Et j'étais ravi d'avoir eu cette révélation sacrée alors que je filais comme un fou au milieu d'une bande de jeunes ouvriers ivres et criant à tue-tête, dans un mélange spontané et impétueux de sauvagerie et de culture. Toute cette culture française, que j'avais jusqu'alors tenue pour pour répugnante et bourgeoise, m'apparaissait à présent dotée d'une force élémentaire et presque sauvage- j'étais subjugué. De ce jour, je ne ressentis plus jamais d'aversion pour le Sud."

p.100-101, 'Souvenirs de Pologne"(1984), Witold Gombrowicz, 10/18, auteur découvert quand j'avais vingt-ans, il fut un guide précieux pour mon éveil intellectuel, son "humour de pendu" une soupape de sécurité. La maison de  Gombrowicz à Vence fut sauvé in extremis de la furia immobilière par un Américain, à qui on est particulièrement reconnaissant.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Witold_Gombrowicz

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28 septembre 2008

Une évocation de Tallinn en 1937

   

2007_talinn_400 "L'originalité de Tallinn, c'est d'avoir gardé intact ce noyau initial. Les siècles ont bâti tout autour. Mais, en dépit des incendies, des guerres et des modes, tours remparts, portes, églises, hôtels bourgeois et maisons seigneuriales sont restés debout; presque pas un ne manque à l'appel; si les morts du Dôme sortaient du tombeau, ils reconnaîtraient leur ville.
    Au miracle de cette préservation le ciel du Nord vient ajouter un romantisme si attendu qu'il semble presque trop littéraire. Le flamboiement du Sud affaiblirait ces clochers et ces poivrières; même l'humble dorure de leur été y prend l'air d'un sourire commercial. Il fallait l'inhumanité de la neige, le spleen de la brume ou le soleil mort des "nuits blanches"à cet ossuaire du gothique".

p.97-98, "Portrait de l'Estonie"(1937), Jean Cathala, Plon, collection "L'Europe vivante"
Pour en savoir plus sur cet l'auteur plus qu'ambigü, on se reportera sur cet article:

http://www.france-estonie.org/article.php?id_article=22

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26 septembre 2008

Henri IV en aversion pour l'Espagne

    Henri_IV_"S'il y a chez Henry un seul sentiment vrai, il s'agit bien de sa haine de l'Espagne. Celle-ci vient de loin; s'il garde quelques éléments de sa nature béarnaise, il possède alors au creux de lui cette méfiance anti-ibérique léguée par ces ancêtres, jointe au regret de la Navarre espagnole perdue. Mais ce sont les années durant lesquelles il lutte pied à pied contre la Ligne constamment renflouée par l'Espagne qui ont forgé définitivement cette aversion. En 1608 une lettre adressée à la marquise de Verneuil ne laisse aucun doute sur les sentiments du roi:

          Je trouvai ce matin, à la messe, des oraisons en espagnol entre les mains de notre fils; il m'a dit que vous les lui avez données. Je ne veux pas qu'il sache seulement qu'il y ait une Espagne; et vous vous en êtes si mal trouvée que vous devriez désirer que la mémoire en fût perdue...

    A travers le Journal d'Héroard, on peut relever maintes remarques enfantines du dauphin qui reproduisent la position paternelle. En février 1608, à propos d'un général des armées de Savoie:" Ha! que je suis bien aise qu'il est mort..."; également en mai 1607 dans une conversation avec le médecin:

   - Et vous épouserez l'infante ?
   - Je ne veux point.
   - Monsieur, elle vous fera roi d'Espagne.
   - Non, je ne veux point être Espagnol.

Mais déjà en février 1607, dans une scène avec son aumônier:

    Quand il fut à dire:"Tu ne tueras point", il dit:"Néi les Espagnols? Ho, ho !je tuerai les Espagnols qui sont les ennemis de papa; je les epucèterai (balaierai) bien. L'aumônier lui dit: "Monsieur, il ne faut pas tuer les Espagnols, ils sont chrétiens."..."J'irai donc tuer les Turcs..."

  Ce royal enfant n'a que six ans et demi à l'époque.

p.305-306, "Henri IV", Janine Garrisson, Seuil, 2008 (reprise de l'édition de 1984)

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25 septembre 2008

La brume matinale comme antidote du rationalisme ?

  51B0WIF_9tL "Après avoir jeté une bûcheuse dans la cuisinière à bois, je retourne m'appuyer  à la fenêtre et regarde le paysage englouti, cette campagne automnale favorable aux enchantements. Il suffit de suivre les variations du ciel, de sentir la force du vent et de la pluie, capables d'abolir instantanément l'organisation qui a tout recouvert , tout borné, tout délimitée. L'imagination des paysans était riche d'ignorance. La terre est désormais quadrillée, cartographiée, répertoriée; rien ou presque n'échappe à cette connaissance , mais j'aime encore me laisser porter le rêve d'un matin de brouillard, les suggestions de la forêt humide, les craquements d'un sous-bois où des farfadets jouent dans les fougères. J'ai fini par préférer les jours de mauvais temps; ces jours de grisaille où le paysage dégradé de la campagne redevient imprécis et mystérieux".

p.16, "Chemins de fer"(2006 en broché), Benoît Duteurtre, Folio, certains évoquent le recours aux forêts, ici ce serait plutôt le recours aux brûmes; d'autres, les Vigilants, verraient volontiers une réminiscence du romantisme germanique, précurseur d'un régime politique honni...

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24 septembre 2008

Etat d'esprit des Français sous Henri IV

    100px_France1594"Car le peuple peut bien maugréer contre les impôts et les milieux du pouvoir se regimber contre les offices, le trouble de conscience est le même tout au long du règne, celui qui creuse le fossé entre le roi et ses sujets: le roi est faussaire, un parjure, au fond de lui il est demeuré huguenot et tient pour la suprématie européenne du protestantisme. D'où cette guerre contre l'empereur , le roi d'Espagne et le pape. D'où ces généraux tous hérétiques. D'où ces alliances hors nature pour un Roi Très-Chrétien, les princes réformés allemands, les Provinces-Unies, Jacques 1er d'Angleterre. Même si l'or et les promesses espagnoles ont et continuent de faire des partisans, même si le discours des chaires catholiques manipule sans précaution l'âme des simples, reconnaissons là les troubles de la conscience inquiète.Ceux qu'apportent le nouveau: un roi huguenot; l'insolite: le triomphe des hérétiques; le sacrilège: la lutte contre les meilleurs chrétiens. Coligny en 1572 est mort parce qu'il gênait les perspectives internationales de Catherine de Médicis, mais il a été dépecé par la foule parce que qu'il avait été le catalyseur de tous ces maux: l'insolite, le nouveau, le sacrilège."

p.318-319, "Henri IV", Janine Garrisson, Seuil (1984, remanié 2008)

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23 septembre 2008

Aymé, ou l'art de l'ouverture

    Dans la continuité de Maupassant, Aymé excelle dans l'art de l'exposition. Un paragraphe s'impose pour donner la tonalité, la couleur de l'histoire qui prend naissance. Egale puissance d'évocation visuelle, de familiarisation immédiate avec le lecteur. L'ouverture de "La table-aux-Crevés" est exemplaire, en quelques lignes, le décor est planté:

   "La cuisine était propre. Au milieu, l'Aurélie pendait à une grosse ficelle, accrochée par le cou. De grand matin, courbée sur son cuveau, elle avait entrepris de buander le linge. Au soir, elle avait eu envie de mourir , tout d'un coup, comme on a soif. L'envie l'avait prise au jardin, pendant qu'elle arrachait les poireaux pour la soupe. Du pied heurtant la motte de terre, l'Aurélie était à plat ventre heurtant une motte de terre, l'Aurélie était tombée à plat ventre dans le carré de poireaux. Et la terre lui avait paru molle comme édredon, si douce à son grand corps séché de fatigue, qu'elle était retée un bon moment, le nez dans le terreau, à prier la Sainte Vierge. En se relevant, l'Aurélie avait regardé l'air sec d'avril, d'un bleu si dur dans les lointains. Alors elle avait baissé la tête et reposé ses yeux sur le coin du jardin où la haie vive faisait une ombre fraîche."

p.07, "La table-aux-Crevés"(prix Renaudot 1929), Marcel Aymé, Folio

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22 septembre 2008

Deux françaises en Russie

     Ce dimanche est à La Frette sur Seine un jour de brocante, j'ai notamment trouvé un ouvrage de 1893, "Aventures de deux françaises en Russie-Le coq rouge", Constant Améro, en toile rouge pour un euro cinquante, la page 40 nous délivre une vision sombre de la Lituanie:

710513939_L"De distance en distance, la route traversait quelque pauvre village lithuanien. Quelquefois les habitations étaient toutes sur un même côté de la route, et une grande croix vermoulue, inclinée sur sa base, marquait l'entrée du village.
  Ces cabanes de paysans, groupées sans ordre et comme si chacun de leurs propriétaires se défiait des autres, dissimulaient autant que possible la porte aux planches mal assemblées et les fenêtres closes par un auvent qu'on laisse retomber quand vient tomber la nuit; elles suintaient la misère. Les pièces de bois grossièrement équarries qui en formaient les parois, tendaient à se  disjoindre sous l'action renouvelée des hivers; un trou laissé dans le toit indiquait, non la place, mais l'absence de cheminée.
  C''était triste et malpropre au possible.
  De ces affreuses demeures sortaient en toute hâte, à l'approche de la télègue, toute une population de mendiants, couverts de haillons n'ayant plus ni forme ni couleur. La bise soulevait impitoyablement ces loques. Des femmes qui donnaient le sein à de petits enfants, découvraient, entendant la main, une poitrine nue et marbrée par le froid.
  Quelques porcs à la rude soie, errant à l'aventure, constituaient tout l'avoir de ce pauvre monde à qui deux ou trois kopecks distribués par les jeunes filles ou leur cavalier semblaient une bonne aubaine.
  Ils remerciaient en baisant humblement la main charitable ou les les vêtements des voyageurs."

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21 septembre 2008

La croix pattée: emblème du Vexin

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Croix pattée, Guiry-en-Vexin

Taillées dans un bloc de calcaire, les croix pattées datent des XIIe et XIIIe siècles. Croix commémoratives, de justice, de carrefour et solidement ancrées dans un socle de pierre massif, elles semblent faire partie du sol où elles ont été plantées.

© Jean-Christophe Bardot/le bar Floréal.photographie

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20 septembre 2008

Découvrir le Vexin français

pepiniere  A l'occasion des Journées du Patrimoine, le soleil au rendez-vous, on laisse la voiture filer sur l'A15; après Cergy où commence le parc naturel du Vexin. Nous arrivons à Grisy-les-Platres, un parcours d'Art Contemporain s'expose chez des particuliers, on glissera sur la qualité des "œuvres" présentées ( à l'exception du peintre Delepine), l'art qui retient notre attention est ailleurs, c'est un art de vivre, dans l'entretien des jardins, des potagers, dans la réfection de maisons anciennes transformées avec goût. Cette entrée fortuite à l'intérieur de ces maisons cossues donne la clé pour saisir la couleur du Vexin français, "Le Jardin de Campagne" témoigne de cette apothéose de cette magnificence, le couple qui a donné vie a cet endroit autrefois en ruines, et en friches affiche le rayonnement de l'ouvrage bien fait. Une perle à découvrir absolument.

http://www.jardindecampagne.com/

L'Art-sic contemporain:

http://www.grisycode.fr/village.html

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