23 septembre 2009
Vivre après une longue désunion: Berlin
Le 7 novembre prochain marque le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Un chauffeur de taxi exprime son ressentiment:
"- La réunification n'est qu'une source de conflits ! Une vraie zizanie ! Ce n'est plus un fossé qui nous sépare , c'est un gouffre ! Les Allemands de l' Est ont été isolés pendant trop longtemps. Ils pensent que l'argent va leur tomber tout cuit dans le bec. Il y a sans arrêt des querelles. Ceux de l'Ouest grognent parce que la ville de Berlin est ruinée, et ceux de l'est se plaignent parce qu'ils avaient espéré tout autre chose. Plus de fric, par exemple. Ils se moquent de la liberté et de la démocratie. il n'y a que l'argent qui compte. Rien de neuf sous le soleil !"
p.230, "Un mur entre nos vies ", Ines Veith, Michel Lafon 2009
Sur le site de l'éditeur:
http://lafonpublishing.com/livres-temoignage/titre-721,mur-entre-nos-vies.html
19 septembre 2009
Au jardin de la France
"Connaissez-vous cette contrée que l'on a surnommée le jardin de la France, ce pays où l'on respire un air si pur dans les plaines verdoyantes arrosées par un grand fleuve ? Si vous avez traversé, dans les mois d'été, la belle Touraine, vous aurez longtemps suivi la Loire paisible avec enchantement, vous aurez regretté de ne pouvoir déterminer, entre les deux rives, celle où vous choisirez votre demeure, pour y oublier les hommes auprès d'un être aimé. lorsque l'on accompagne le flot jaune et lent du beau fleuve, on ne cesse de perdre ses regards dans les riants détails de la rive droite. Des vallons peuplés de jolies blanches qu'entourent les bosquets, des des coteaux jaunis par les vignes ou blanchis par les fleurs du cerisier, de vieux murs couverts de chèvre-feuilles naissants, des jardins de roses d'où sort tout à coup une tour élancée, tout rappelle la fécondité de la terre ou l'ancienneté de ses monuments, et tout intéresse dans les oeuvres de ses habitants industrieux."
p.33-34, "Cinq-Mars", Vigny Folio 1205
17 septembre 2009
Le rire moderne comme passion égalitaire vers le nivellement
"(...) c'est la dérision qui prévaut maintenant, non la déférence. A l'époque des agélastes patibulaires a succédé le temps des animateurs irrévérencieux. L'esprit de sérieux a été pulvérisé par la guignolade. Du matin au soir, le public que nous formons est invité à se marrer. le rire est devenu la bande-son du monde." p.36
"Revenu de l'illusion révolutionnaire, mais férocement égalitaire, le rire contemporain proclame haut et fort l'idéal de la désidéalisation. Que l'homme passe infiniment l'homme, qu'il puisse avoir une vocation spirituelle, qu'il ne se réduise pas à des fonctions organiques, voilà une possibilité que ce rire entend faire disparaître du monde. Il s'acharne contre la transcendance, il ne tolère aucune espèce d'éminence, il traque la grandeur sous quelle forme que celle-ci manifeste, il venge la médiocrité de de l'affront que la supériorité lui inflige, il fait de l'âme une vieillerie, une inconvenance, un objet de chahut et il travaille inlassablement à ce que chacun soit tout d'une pièce: surtout pas de distinction, surtout pas de conflit intérieur, surtout de remords !" p.38
"L"homme pense , Dieu rit", dit l'humour, et il rompt, en s'établissant dans cet intervalle, l'autosuffisance du monde; les amuseurs, à l'inverse, baignent dans l'immanence et leur jovialité triomphante apporte à l'homme démocratique la double bonne nouvelle du nivellement de l'être et de la mort du rire de Dieu."p.39
"Un coeur intelligent", Alain Finkielkraut, Stock/Flammarion 2009
14 septembre 2009
La mort de Louis XIII par Corneille
"Sous ce marbre repose un monarque sans vice,
Dont la seule bonté déplut aux bons François,
Et qui pour tout péché ne fit qu'un mauvais choix
Dont il fut trop longtemps innocemment complice.
L'ambition, l'orgueil, l'audace, l'avarice,
Saisis de son pouvoir, nous donnèrent des lois ;
Et bien qu'il fût en soi le plus juste des rois,
Son règne fut pourtant celui de l'injustice.
Vainqueur de toutes parts, esclave dans sa cour,
Son tyran et le nôtre à peine perd le jour,
Que jusque dans la tombe il le force à le suivre.
Jamais de tels malheurs furent-ils entendus ?
Après trente-trois ans sur le trône perdus,
Commençant à régner, il a cessé de vivre."
p.1062, "Œuvres", Corneille, Tome I en Pléiade 1980
13 septembre 2009
Situation du clergé sous Louis XIII
"Au bas de l'échelle, l'ignorance des simples curés est effrayante.
Les prescriptions édictées par quelques évêques réformateurs sont édifiantes. Dans telle paroisse, l'archiprêtre, débordé par l'afflux des pénitents au moment de Pâques, organise une confession commune et les absout tous ensemble. Ailleurs, il faut rappeler l'interdiction de s'asseoir sur les autels et de danser dans les cimetières. Combien de prêtres tiennent des cabarets et des tripots pour compléter leurs revenus, portent les armes et s'habillent à la mode. Dans tel diocèse, on recommande aux clercs de ne pas prendre leurs enfants bâtards comme auxiliaires pour le service de la messe. En 1615, Madame de Gondi se confesse à son curé; elle s'aperçoit qu'il ignore la formule d'absolution. Un archidiacre de Bourges déclare qu'un grand nombre de prêtres ne connaissent pas un mot de latin, et cite le cas de ce curé qui ne savait pas combien il y avait de natures Jésus-Christ. Camus, évêque de Belley, dans un roman de publié en 1626, Pétronille, évoque " à quelles extrémités sont réduits les pauvres curés...Les curés des champs (car ceux de la ville sont mieux agencés, mais ils sont aussi dans les tracas par-dessus la tête) sont logés en des cabanes semblables à la grotte de Bethléem, exposés en tout temps aux injures de l'air, couchés sur la paille et la terre, nourris comme les paysans, sans conversation, mal vêtus, mal payés, mal; assistés, misérables en leurs églises, en leurs ornements, en leurs demeures, en leurs meubles, en tout."
p.88/89, "Richelieu", Michel Carmona, Fayard 1983
Du devoir d'état selon Louis XIII
Souvent le scrupule de chair est présenté comme une marque de faiblesse de caractère chez Louis XIII, qu'on en juge:
" L'écuyer du Roi, Claude de saint-Simon, père du duc de Saint-Simon, mémorialiste de Louis XIV, ayant comme tout le
monde remarqué l'attirance de Louis XIII pour Marie de Hautefort et constatant que le Roi ne se décide pas à sauter le pas, se dit un jour qu'il est sans doute tout simplement embarrassé pour lui faire sa proposition. Il pense pouvoir lui rendre ce service et, saisissant l'occasion d'un tête-à-tête avec Louis XIII, lui fait part de son idée, en s'offrant à transmettre à Mademoiselle de Hautefort une déclaration d'amour du Roi. Louis XIII l'écoute attentivement puis lui dit: "Vous me parlez là en jeune homme qui ne pensez qu'au plaisir. Il est vrai que je suis amoureux; je n'ai pu m'en défendre, parce que je suis homme et sujets aux sens; il est vrai que je suis Roi et par là puis me flatter de réussir si je voulais; mais plus je suis roi et en état de me faire écouter , plus je dois penser que Dieu me le défend, qu'il ne m'a fait Roi que pour lui obéir, en donnant l'exemple, et le faire obéir par ceux qu'il m'a soumis. Plus je suis amoureux, plus je ne puis me surmonter assez pour ne pas rechercher à voir et à parler de celle qui m' blessé les yeux et le coeur, plus je dois faire d'efforts pour me surmonter moi-même; et si je me permets des amusements que les occasions de et l'humanité m'arrachent, plus je dois être en garde contre le crime et le scandale et demeurer le maître de moi-même. je veux bien vous faire cette leçon et vous pardonner votre imprudence; mais qu'il ne vous arrive jamais d'en faire une seconde de cette nature avec moi."
p.607, "Richelieu", Michel Carmona, Fayard, 1983
05 septembre 2009
Appréhension de la sainteté
"Aussi, nombreux étaient les paysans à n'approcher le sanctuaire qu' avec crainte. Certains étaient même prêts à faire de grands détours pour éviter d'en longer les murailles. L'expérience de la sainteté effraie parfois plus qu'elle n'attire."p.24
"Terre des affranchis", Liliana Lazare, Gaïa, 2009 (entretien avec l'auteur et premier chapitre lu sur le site de l'éditeur)
http://www.gaia-editions.com/
02 septembre 2009
Sur la codification de la langue biélorusse
"On distingue, en effet, plusieurs types de langue biélorusse: à la langue biélorusse dite "de Tarachkevitch"(1892-1938) en référence à l'homme politique qui est l'auteur de la première grammaire scolaire biélorusse en 1918, on oppose la langue biélorusse dite "soviétique" qui correspond à la langue académique et soviétisée issue de la réforme de 1933. En l'absence de normes linguistiques post-soviétiques, la langue biélorusse utilisée et autorisée par les pouvoirs publics est la langue biélorusse soviétique dont les normes ont été adoptées en 1957. "
p.150, "Révolutions politiques et identitaires en Ukraine et en Biélorussie (1988-2008)", Alexandra Goujon, Belin 2009
Influence juive dans la révolution bolchévique
"(...) si très peu de juifs étaient révolutionnaires, la plupart des révolutionnaires étaient juifs. Mais ils l'avaient tous oublié. En 1921, il y en avait dix-sept sur les vingt-deux commissaires du peuple de Lénine."
p.676, "Le Club des Incorrigibles Optimistes", Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, 2009



