touvier  "C'est à époque, un soir d'octobre 1959, que Paul Touvier fait la connaissance de Jacques Brel, dont il appréciait beaucoup la sensibilité et le talent. Un ami, prêtre au Prado, l'avait invité avec sa famille à aller écouter le chanteur à Tarare. Arrivé bien avant l'heure de la séance, Paul Touvier va le trouver au restaurant de l'hôtel de France où il est en train de dîner. Il lui parle de ses chansons et de tout ce qu'elles évoquent pour lui; il lui confie combien elles l'ont aidé dans sa situation de proscrit et il finit par lui expliquer qu'il a été condamné à mort à la Libération et qu'il vit dans la clandestinité depuis quinze ans.

   Le courant de sympathie est immédiat. L'heure du tour de chant arrive et tous deux deux se mettent d'accord pour se revoir après le spectacle. Paul lui présente alors sa femme et ses deux enfants, qui ont onze et neuf ans. Mais comme Brel doit rentrer à Lyon où il a sa chambre d'hôtel, il l'invite à faire le trajet avec lui dans sa voiture. La famille les suit dans celle de l'ami qui l'a amenée.

    La conversation se poursuit donc sur la route. Il n'est, bien sûr, pas question de politique, le poète ne s'intéressant qu'à l'homme, à la nature humaine, et non pas à l'idéologie. Un fois de plus, Paul Touvier nouait une amitié profonde avec quelqu'un qui n'était pas de son bord. Une amitié que rien ne viendra démentir.

 

919912837

C'est d'ailleurs grâce à l'aide du chanteur que Paul Touvier va se lancer un peu plus tard dans un projet de disque. Il a constaté, en effet, par sa propre expérience, que les parents sont le plus souvent désemparés par les questions de leurs enfants touchant la sexualité. Il décide d'en parler à Jacques Brel, qui l'introduit chez Philips où il se présente sous le nom de Berthet, celui de sa femme. Son projet ayant obtenu une réponse de principe favorable, il se met au travail, contacte des éducateurs, des médecins, des religieux, des parents, le service de documentation conjugale à Grenoble, etc.

   Le disque paraîtra en avril 1967, sous le titre L'amour et la vie et fera l'unanimité de la presse, de Télé 7 jours à L'Humanité-Dimanche, en passant par elle, Le Monde, Le Nouvel Observateur, La Croix ou L'Express. Personne, évidemment, ne se doute que le sous le pseudonyme de Paul Berthet se cache un ancien milicien. Les ventes procureront à Paul Touvier des ressources non négligeables."

p130/131, "Affaire Touvier La contre-enquête"(1996), Jean-Claude Valla, Editions du Camelot