81lUTloUcjL

   "J'ai souvent constaté - mais ce n'est pas une règle - que tout individu élaborant un bon vin est rarement odieux. "On fait le vin que l'on est.", a coutume d'affirmer Emile Peynaud. "Vous pouvez deviner la qualité d'un cru rien qu'en regardant le vissage de l'homme qui l'a fait. La sincérité, l'honnêteté du viticulteur, vous la retrouverez dans le vin qu'il vous sert. La fausseté aussi", me disait Alexis Lichine. Le vin exige des qualités humaines indéniables pour domestiquer la vigne et conduire à bien une vinification. La météo apprend la modestie.  Le travail en équipe requiert  un sens des relations humaines. Il faut faire confiance à autrui, savoir déléguer. Le contact permanent avec la terre préserve aussi du factice et de l'affecté. A l'origine, le viticulteur est un paysan qui doit vendre son vin. Le contact avec la clientèle incite à la sociabilité. Faire du vin  incline à la tolérance et à la bienveillance. L'écrivain Jacques Chardonne a écrit:" Le vin de Bordeaux de qualité est en partie un chef-d'oeuvre du sentiment; il exige des vertus morales, un certain niveau de moeurs."Et il ajoutait:" Sans morale il n'y a plus de vin de Bordeaux ni de style. La morale, c'est le goût de ce qui est pur et défie le temps."

p.49, "Voyage dans le Bordeaux"(1989), Jean-Paul Kauffmann, Folio n°5767