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"Le voyage d'Orient n'est pas qu'un inventaire. Je veux le croire. Je dois avouer mon étonnement d'être chaque jour plus émerveillé par la persistance de ces gens. La vie s'accroche. Cette chronique n'est pas celle du renoncement ni celle de l'entomologiste. Le souvenir des haines renverse les cœurs, de l'Euphrate au Nil, ou encore le long des rives du Grand Zab, au croisement du nord de l'Irak et du Hakkaâri, là où la steppe se fracasse au contact des montagnes; une tectonique des plaques qui fut aussi celle des peuples et des religions. Caïn tuant Abel pour une querelle d 'offrande à Dieu. Les pistachiers, les amandiers, les oliviers, les cerisiers et les pieds de vignes refleurissent après chaque hiver, après le froid et la neige. Vues du ciel, les nuances du sol ressemblent à des kilims qui auraient été assemblés avec grâce par une main invisible. L'humain reste au centre de cette existence spirituelle et agricole, dans les monastères, dans les foyers, une vallée, un recoin paisible, une église aux murs bas. Le début du printemps y est humide, l'été brûlant. L'eau dégringole des cours d'eau canalisés pour les besoins de l'irrigation. Les saisons défilent."

 

p.184/185," Sur les fleuves de Babylone, nous pleurions- Le crépuscule des chrétiens d'Orient"(2015), Sébastien de Courtois, Stock

Rencontre avec Sébastien de Courtois ULTREIA n°1