10 juillet 2008
L'énergie de Stendhal
Stendhal est l'incarnation d'une poussée de vitalité exceptionnelle dans la vie du peuple français, l'ouverture de "La Chartreuse de Parme" est emblématique à ce titre:
"Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de bravoure et de génie dont l'Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi;(...). "
Ce n'est pas rien quand une vie individuelle est portée par l'histoire à ces moments fugaces entre tous qui atteignent la légende des siècles.
09 juillet 2008
Pathologie de la modernité
"Exaspéré, Éric suivit son père dans le jardin que l'usage avait improvisé en basse-cour. Tablier autour de la taille, Joëlle avait chaussé ses bottes de paysanne. Sa tenue n'était désespérément pas ridicule. Autour d'Éric, aucun détail n'esquintait la crédibilité de cet anachronisme permanent: loin de chez lui, on revendiquait son propre plaisir, l'égalité des sexes ou le droit à la différence comme autant de mains tendues vers des lendemains qui chantent. Tout devenait possible; il n'y avait plus de suzerains, plus d'esclaves,(...)
p.91, New Wave, Eric Kenig, Flammarion, à paraître le 27 Août 2008, bien évidemment je chausse bien plus volontiers "ses bottes de paysanne" que "ses mains tendues vers des lendemains qui chantent", abstractions qui aboutissent au néant.
08 juillet 2008
Scène de vie provinciale
J'ai emprunté New Wave, à paraître à la rentrée chez Flammarion, intrigué par l'évocation qui pouvait être faite d'un style musical qui a accompagné mes années juvéniles; New Order, Joy Division, The Smiths, The Cure, Cocteau Twins...Bref, pour trouver une évocation de la vie provinciale qui sonne juste (p.52):
"La ville s'organisait comme une famille qu'Eric supposait sienne sans toutefois la revendiquer. Elle ne lui inspirait qu'un petit confort quand il se promenait le samedi sur les trottoirs de son artère principale. On y croisait ceux que l'on "connait sans connaître", ces gens dont on ne "connait" que le visage aux traits ni surprenants ni tout à fait habituels qui jamais n'intègrent les souvenirs, mais une mémoire de surface qui permet, lorsque le regard les intercepte, d'éprouver de la douceur des choses faciles, sues, déjà repérées quoique de profondeur incertaine, comme installées à la frontière de ce qui nous sépare du danger."
Site de l'auteur: http://www.arielkenig.com/
16 juin 2008
Une introspection norvégienne: Per Petterson
Résumé:
Ancien chef d'entreprise à la retraite,
Trond Sander a décidé de se retirer dans une petite maison isolée au
coeur de la campagne norvégienne. Un jour, une histoire de chien perdu
le conduit à faire la connaissance d'un voisin, un certain Lars Haug.
Une rencontre qui ramène Trond à l'été de ses 15 ans, en 1948, alors
qu'il passe ses vacances avec son père dans un village à la frontière
suédoise.
C'est une voix fébrile, lancinante, -celle du narrateur à l'automne de sa vie- qui nous fait replonger sur les transformations de l'adolescence et de ses épreuves fondatrices. Les souvenirs d'enfance et d'adolescence se remontent en surface tandis que se fait l'apprentissage de la vieillesse, du déclin physique. Le récit empreinte de nombreux chemins de traverse pour capter par touches successives la couleur de l'instant envolé. L'introspection se déploie dans une atmosphère nordique saisissante: les premières chutes de neige, la vie rude, le coupage et flottage du bois, les remontées ou descentes de la rivière en barque, les escapades en chevaux, la chasse. On arrive au terme de l'évocation sans que l'ambiguïté ne s'estompe jamais: une vie reste impénétrable à soi et aux autres.
A découvrir.
19 mai 2008
Aymé, une perle sur Wikipedia en forme d'aveu
Ouvrages de référence [modifier]
Il est difficile de trouver des ouvrages de référence sur Marcel Aymé. L'auteur a été si obstinément classé à droite
et récupéré abusivement par les cercles conservateurs, que très peu
d'intellectuels ont osé entreprendre une étude approfondie et objective
de son travail de peur d'être taxés de fascisme, d'antisémitisme ou de
tendances réactionnaires. D'autre part, Aymé avait l'art de se mettre à
dos les cercles politiquement corrects y compris l'Éducation nationale
dans son ensemble puisqu'on ne l'étudie plus au collège, ou au lycée à
l'exception de : Les Contes du chat perché en cycle primaire[14
Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Aym%C3%A9
Notre reconnaissance est illimitée pour le rédacteur de cette note sur Wikipedia qui condense, en un raccourci prodigieux, tout l'aplatissement intellectuel de notre univers mental "antiraciste". Un auteur incontournable du siècle passé, cantonné au rôle inoffensif de conteur de talent pour la jeunesse...une somme d'observation à la richesse inépuisable de la France populaire du XXem siècle qu'on ne plus recommande qu'au niveau du primaire. Une seule biographie existante sur cette personnalité éminemment attachante (du au travail remarquable de Michel Lecureur, maître d'œuvre de l'édition Pléiade méticuleuse et jamais cuistre). En comparaison, pour la seule année 2008, une pléthore de livres sur Simone de Beauvoir dont la qualité littéraire est encore plus désespérante d'ennui que les plaines enneigées de Sibérie.
28 avril 2008
Huguenin, ou les traces d'une comète
Mort dans un accident de voiture entre Paris et Chartres le 22 septembre 1962 à 26 ans, Jean-René Huguenin laissait pressentir une ardeur prometteuse dont son Journal nous livre des envolées toujours fécondes:
"Moins on aime la vie, plus on craint la mort: le vrai bonheur est toujours prêt à se faire tuer".
"Je suis un fort dévoré du désir de faiblir".
"La vraie virilité c'est la pureté".
" Faire une œuvre- Vivre avec grandeur, honneur et beauté- Avoir le plus de passions possibles- Fonder une aristocratie spirituelle, une société secrète des âmes fortes".
"Etre toujours à la merci de l'amour, c'est cela que j'appelle espoir".
"Ce que propose tout écrivain, c'est une nouvelle image de Dieu".
"Nous aimons les hommes dans leur mystère; Dieu seul les aime dans leur transparence".
"Pécher n'est pas succomber à la tentation, mais résister à la Grâce".
27 avril 2008
Une rencontre avec Marcel Aymé
Fervent admirateur de Marcel Aymé, on se délecte à lire Christian Millau:
"Dans le haut de l'avenue Junot, à Montmartre, mes grands immeubles traînent dans la brume. Des gosses, le ventre sur le
pavé, lancent des billes. Dans la cour, l'arbre sec siffle avec discrétion. Un piston anhèle d'une voix caverneuse, encourageant la tristesse d'une basse qui a dû en souffrir. Il y a concert dans l'atelier de Gen Paul, chez qui Marcel Aymé m'a donné rendez-vous."p.129
"Après une heure de silence: "Ca m'a fait bien plaisir de bavarder avec vous."p.133
"Cela fait un bout de temps qu'entre Marcel Aymé et Roger Nimier, c'est le grand amour, a les voir ensemble, on dirait deux tourtereaux sur un banc. Ils s'aiment tellement qu'ils n'ont pas besoin d'échanger le moindre mot, ce qui rend pour un tiers , leurs entrevues formidablement passionnantes ".p.134
Au galop des Hussards
16 avril 2008
Une jeunesse israélienne
Un livre nous donne un aperçu de la vie israélienne, " Une jeunesse israélienne", d'Arlette Schleifer, notamment celle des kibboutz. Le personnage principal du roman, David, évoque une jeunesse dans un kibboutz marxiste où la dépersonnalisation affective est la règle. L'auteur sait saisir l'aspect quotidien et utopique de ces expériences.
"La règle d'or qui régissait le rapport entre les membres du kibboutz était le détachement absolu concernant les sentiments et les états d'âmes de ses membres. Même si l'œil était exercé à observer les faits et les gestes de chacun, la transmission de l'information ne parvenait jamais au centre des émotions. Point d'empathie, point de compassion et encore moins de curiosité. Cela avait pour effet de donner aux habitants de la communauté, un regard vide sur l'autre, dénué de tout sentiment et de toute intérêt. Ainsi commençait l'apprentissage de l'indifférence et du détachement, laissant le champs libre au jugement rationnel des faits et gestes qui pouvaient avoir un lien avec la vie communautaire." p.31
07 avril 2008
Aymé, chroniqueur politique
J'ai enfin en main, "Ecrits sur la politique",de Marcel Aymé, une liberté de ton qui s'appuie toujours sur une expérience concrète, ainsi l'admirable préface (p.321) à Où va la droite ? de Sérant, où l'évocation d'enfance donne à merveille l'art du décalage et du contre-emploi qui est la substantifique moelle du talent de l'écrivain.
Un avis judicieux sur l'ouvrage:
"La raison de l’opprobre dans lequel quelques-uns s’obstinent à tenir Marcel Aymé est sans doute à trouver dans son attitude après la guerre. Il a défendu Brasillach, Céline et s’est moqué ouvertement de ceux qui tenaient le haut du pavé de l’idéologie, ce qui ne pardonne pas. Ami avec Brasillach, sans partager pour autant ses idées politiques, il a cru juste de faire circuler une pétition en sa faveur pour tenter de le sauver du poteau d’exécution. Albert Camus lui envoya une longue lettre pour refuser, puis la biffa et accepta finalement de figurer au nombre des signataires. Est-ce un délit que la fidélité en amitié ? Est-ce un crime que d’essayer de sauver de la mort un écrivain dont on apprécie le talent et avec lequel on se sent en affinité littéraire ?Quant à Louis Ferdinand Céline, il le connaissait depuis 1932-1933 pour l’avoir rencontré dans l’atelier du peintre Gen Paul où tous les deux venaient régulièrement.Il était au courant des exagérations verbales de Céline et s’en amusait, comme il l’a montré dans Avenue Junot, en le pastichant. Il savait son délire antisémite. Mais il admirait ses qualités d’écrivain et prenait plaisir à sa compagnie. Aussi estima-t-il de son devoir d’aller le soutenir pendant son exil au Danemark et de témoigner en sa faveur, lors de son procès en 1950, au cours duquel, d’ailleurs, il ne fut guère condamné. Là encore, est-ce un crime de défendre ses amis, surtout quand on ne partage pas leurs opinions politiques ?"
Source:http://ass.perrinchassagne.net/lecureur.html
01 avril 2008
Dieu et la droite littéraire
En regardant sur ce qu'on pouvait trouver sur la Toile sur Rebatet, je suis tombé sur cette perle sur le blog d'Assouline
reprenant Georges Steiner:

"Et Steiner, citant dans la foulée Morand qu’il exècre, Montherlant qu’il admire et Pierre Boutang dont il était l’ami, de déplorer « cette injustice kafkaïenne : pourquoi Dieu a-t-il donné autant de talent à la droite ? ».
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/05/28/retour-de-rebatet-en-rayon/
Détentrice exclusive du sens de l'histoire, la Gauche (divine selon l'expession consacrée par Baudrillart) ressent comme une agression métaphysique qu'un talent puisse insolemment s'épanouir...ailleurs.








