25 novembre 2009
Instantané d'automne
Tiré de Mélancolie (1909)
"Le merisier sous le brouillard
Aura sa rouge chevelure
Pleine d'oiseaux dont le départ
Est annoncé dans la froidure,
Et ce merisier émouvant
Comme une personne inconnue
Se dressera pour ma venue
Avec sa chevelure au vent."
p.87, "Œuvres complètes", Cécile Sauvage, Table Ronde, La Petite Vermillon
24 novembre 2009
Poème élégiaque de Saint-Exupéry
Villa Saint-Jean Fribourg, le 18-02-1917
"L'étang semble dormir, pas un roseau ne chante
Les saules consternés se taisent sur le bord;
Pleurant ce qui leur fit souvent risquer la mort
De fragiles iris penchent vers l'eau pesante...
Car le dieu qui rendait la campagne vivante, Le vent n'est plus ici pour l'animer encor,
Pour dire aux oisillons de prendre leur essor
Ou plisser l'étang bleu d'une vague mourante...
Mais les arbres pensifs attendent son retour.
Et nous sommes ainsi quand, n'ayant plus d'amour,
L'orage étant passé, rien chez nous ne frissonne,
Que réclamant ce qui nous fit pourtant souffrir
Notre coeur est muet, vide, triste à mourir
Ô mon ami...comme un paysage d'automne !"
p.31, " Les mystères de Saint-Exupéry", Jean-Claude Perrier, Stock 2009
25 mars 2009
Chant de la terre lituanienne
MA TERRE
Je marche le long du Nemunas, sur ma berge natale,
Casquette à la main et bâton de tremble.
La neige tombe blanche des merisiers
Tombe sur mes épaules,
La brume bleutée s'écoule le long du gué.
Le soleil, rouge comme une cloche de cuivre,
S'est noyé dans l'eau - on ne peut l'en tirer.
Seules les étoiles, ces étoiles !...
Comme épis d'orge
Brasillent dorées sur l'eau paisible.
Je m'arrête en plein silence. Retenant mon souffle
J'écoute chuchoter la fraîcheur du soir,
La nuit qui étouffe
La feuille du muguet,
La rosée qui tombe en éclats sur la terre.
J'écoute craqueter les insectes, respirer les fleurs,
S'élancer la pousse de l'arbre,
Chanter l'eau
Bleue d'étoiles,
L'ombre verte chuchote mystérieusement...
La voici, ma terre ! Pour moi c'est la plus belle.
Elle m' élevé, m'a consolé.
Debout sur la berge,
J'écoute le silence
Les mots que me murmurent les étoiles du Nemunas doré.
Eduardas Miezelaitis, revue Europe, n.763-764, nov.déc 1992, p.153
Né en 1919 dans le village de Kareiviskiai, fils de paysans pauvres, il publie ces textes dès 1935. Encore lycéen, il adhère au parti communiste - alors clandestin - dont les principaux dirigeants se trouvent en prison.
Réfugié en Russie pendant l'occupation allemande, il devient après la guerre le chantre du socialisme lithuanien. Comme tous comaptriotes, indépendamment de leurs politiques, il exalte l'amour de la terre natale, du paysage, de la nature, et s'attache aux valeurs et aux traditions de son pays.
19 mars 2009
Poème en l'honneur de Saint Joseph
Poème en l'honneur de Saint Joseph
Joseph, votre admirable vie
Se passa dans l’humilité ;
Mais, de Jésus et de Marie,
Vous contempliez la beauté !
Joseph, ô tendre Père,
Protégez le Carmel !
Que vos enfants, sur cette terre,
Goûtent déjà la paix du ciel.
Le Fils de Dieu, dans son enfance,
Plus d’une fois, avec bonheur,
Soumis à votre obéissance,
S’est reposé sur votre cœur !
Comme vous, dans la solitude,
Nous servons Marie et Jésus ;
Leur plaire est notre seule étude ;
Nous ne désirons rien de plus.
Sainte Thérèse, notre Mère,
En vous se confiait toujours ;
Elle assure que sa prière,
Vous l’exauciez d’un prompt secours.
Quand l’épreuve sera finie,
Nous en avons le doux espoir
Près de la divine Marie,
Saint Joseph, nous irons vous voir.
Bénissez, tendre Père,
Notre petit Carmel ;
Après l’exil de cette terre
Réunissez-nous dans le ciel.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, Docteur de l'Eglise
18 mars 2009
Automne d'Apollinaire
On pense au "Colloque sentimental" de Verlaine, "Dans le parc solitaire et glacé, Deux formes ont tout à l'heure passé" se prolongent dans "Dans le brouillard s'en vont deux silhouettes grises", une émotion toute en retenue exprimant une force de suggestion fuyante, distanciée. En ces jours printaniers, le poème fait contre-emploi mais en quelque sorte rehausse encore plus cette belle semaine ensoleillée.
Dans le brouillard s'en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d'automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s'en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d'amour et d'infidélité
Qui parle d'une bague et d'un cœur que l'on brise
Oh ! l'automne l'automne a fait mourir l'été
Dans le brouillard s'en vont deux silhouettes grises
Apollinaire, "Alcools", p.84, Livre de poche, 1963
13 mars 2009
Poésie des bouleaux
La collection "La petite vermillon" réserve de délicieuses rencontres pour ceux qui aiment à fureter dans les allées de traverse. Cécile Sauvage (1883-1927), mère du compositeur Olivier Messian, est une voix diaphane à découvrir.
Poésie des bouleaux,"Oeuvres complètes", Table Ronde, 2002 p.135:
"Dans le pelouse endormie
Sous l'azur pâle et rêveur,
Les brises en accalmie
Bercent les bouleaux pleureurs.
En ce silence de rêve
Une voix d'oiseau
Seule et divine se lève
Des bouleaux."
Florilège de ses poèmes sur la Toile dans une élégante présentation:
http://poesie.webnet.fr/auteurs/sauvage.html
12 mars 2009
Portrait de Max Jacob
Les éditions Bartillat nous habituent à une production parcimonieuse, "Lettres à un jeune homme" (1942-1945) de Max Jacob forment un témoignage précieux sur ce poète d'exception, mort peut-être d'une broncho-pneumonie le 5 mars 1944 à Drancy.Portrait p.8 :
http://www.editions-bartillat.fr/
"Figure-toi un petit vieux coiffé d'un grand béret avec des lunettes, un mégot tout mangé et suçaillé, une tête sympathique, avenant, une cravate à l'artiste, un veston rapiécé, un pantalon élimé, lustré, brillant. Sa chambre, l'unique pièce qu'il occupe, est dans un désordre épouvantable. Très gai, il parle d'une foule de poètes devant une grande table carrée recouverte de paperasses, de petites bouteilles, d'une grande potiche en faïence pleine de mégots et de cendres, une malle noire pleine de manuscrits, une table à peinture recouverte de palettes, de pinceaux, de tubes, un chevalet avec un tableau en cours, une étagère à livres en mauvais état, dédicacés, deux armoires de livres: pas un de lui. Il a une foule d'amis, se lie avec facilité, reçoit un volumineux courrier auquel il répond immédiatement."
Lettre de Jean Semence à Jean-Jacques Mezure.
30 novembre 2008
Noël en taule
Premier dimanche de l'Avent, profitons de ces jours d'attente pour explorer notre patrimoine littéraire illuminé par le temps de la Nativité.Un début dans la douleur tragique qui sait atteindre la tendresse authentique.
Noël en taule
Qu’importe aux enfants du hasard,
Le verrou qu’on tire sur eux :
Noël n’est pas pour les veinards,
Noël est pour les malchanceux.
Voici la nuit : il n’est pas tard,
Mais la cloche tinte pour eux.
Noël derrière les barreaux,
Noël sans arbre et sans bonhomme,
Noël sans feu et sans cadeau,
C’est celui des lieux où nous sommes,
Où d’autres ont joué leur peau,
Sur la paille dormi leur somme.
Je t’adopte, Noël d’ici,
Bon Noël des mauvaises passes :
Tu es le Noël des proscrits,
De ceux qui rient dans les disgrâces,
Des pauvres bougres qu’on trahit,
Et des enfants de bonne race.
Nous savons qu’au dehors, ce soir,
Les amis et les cœurs fidèles,
Les enfants ouvrant dans le noir,
Malgré le sommeil, leurs prunelles,
Evoquent l’heure du revoir
Et tendent leurs mains fraternelles.
Et pour revoir, gens du dehors,
Le vrai Noël de nos enfances,
Nos yeux sur l’ombre de l’absence,
Pour dissiper le mauvais sort
Et faire flamber l’espérance.
Robert Brasillach, "Noël "1944, fusillé le 6 mars 1945
17 août 2008
Nice en poème
(...)
"Sur les sommets où je me tins longtemps,
Lorsque soufflait le rude vent des cimes
J'y discernais la plainte des vivants
Sonore encor de douleurs et de crimes,
Mais sur ces bords où la mer fait son bruit
Ton bel azur, ô ville, me délivre
Et, par delà les ombres de la nuit,
Me voue enfin à la douceur de vivre."
Nice ou d'un charme retrouvé, Marcel Ormoy, novembre 1932, p.162, Ed.Paris Syndicat des Editeurs, 1933
04 juin 2008
Milosz, un poète balte d'expression française
DANS UN PAYS D'ENFANCE...
Dans un pays d'enfance retrouvée en larmes,
Dans une ville de battements de cœur morts,
(De battements d'essor tout un berceur vacarme,
De battements d'ailes des oiseaux de la mort,
De clapotis d'ailes noires sur l'eau de mort).
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l'amour brûlent encore
D'un doux feu de minéral roux, d'un triste charme;
Dans un pays d'enfance retrouvée en larmes...
- Mais le jour pleut sur le vide de tout.
Pourquoi m'as-tu sourit dans la vieille lumière
Et pourquoi, et comment m'avez-vous reconnu
Étrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières,
Lierre de nuit d'été sur la lune des pierres;
Et pourquoi et comment, n'ayant jamais connu
mon visage, ni mon deuil, ni la misère
Des jours, m'as-tu si soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières?
- Mais le jour pleut sur le vide de tout.
Quels mots, quelles musiques terriblement vieilles
Frissonnent en moi de ta présence irréelle,
Sombre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le sommeil?
Sous quels feuillages de solitude très vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d'enfant malade vous retrouver, ô belle,
O chaste, ô musique entendue dans le sommeil?
- Mais le jour pleut sur le vide de tout.




