02 septembre 2009
Sur la codification de la langue biélorusse
"On distingue, en effet, plusieurs types de langue biélorusse: à la langue biélorusse dite "de Tarachkevitch"(1892-1938) en référence à l'homme politique qui est l'auteur de la première grammaire scolaire biélorusse en 1918, on oppose la langue biélorusse dite "soviétique" qui correspond à la langue académique et soviétisée issue de la réforme de 1933. En l'absence de normes linguistiques post-soviétiques, la langue biélorusse utilisée et autorisée par les pouvoirs publics est la langue biélorusse soviétique dont les normes ont été adoptées en 1957. "
p.150, "Révolutions politiques et identitaires en Ukraine et en Biélorussie (1988-2008)", Alexandra Goujon, Belin 2009
23 juin 2009
Baptême de Nicolas de Staël
"Tel un prince, il est baptisé dans la cathédrale où reposent les dépouilles des tsars.
Le général Vladimir de Staël organise lui-même le protocole des offices religieux. Les Glazounov et les Bérednikov, les Staël von Holstein et notamment le frère de Vladimir, Alexis Ivanovitch, aide de camp du grand-duc, grand-oncle de Nicolas II, se retrouvent pour cette cérémonie intime dans la "maison de Dieu".
Quelques jours plus tard, le 6 janvier 1914, le tsar se rend à son tour à la forteresse Pierre-et-Paul pour présider la traditionnelle bénédiction des eux de la Néva. En face, au pied du palais d'Hiver, se sont massées les dignitaires et les gentilhommes, les trois cents chambellans et toute l'aristocratie. Tout ce monde attend d'apercevoir, sur la rive droite, le tsar, la tsarine, les princes et les grands ducs, Son Excellence le gouverneur Danilov et son adjoint Vladimir Ivanovitch de Staël, pour évoquer la clémence du ciel et conjuer la grande peur d'un déluge. Sur fonds d'hymnes religieuses, ce ne sont que prières inspirées et génuflexions ferventes.
Sur l'autre rive, l'office célébré dans la basilique Pierre-et-Paul s'achève dans les vapeurs d'encens. Précédée de deux novices portant haut les bannières de la cité, une longue procession de popes en sort et s'étire, à laquelles participent, emmitouflées dans d'épaisses pelisses d'ours, le visage frotté d'huile de phoque, Marina et Nicolas de Staël.
Du cortège s'échappe un chant grave, une mélopée mystique destinée à apaiser les esprits de la Néva. Posté au sommet du bastion Narychkine, Nicolas II se signe. On tire une salve de mitraille qui traverse le bras du fleuve en résonnant. Et puis d'autres, jusqu'à la cent unième. Longtemps l'odeur de la poudre reste en suspension dans l'air."
p.26-27, "Le Prince foudroyé-La vie de Nicolas de Staël"( Fayard 1998), Greissamer Laurent, Livre de poche 2009
Repères: http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Sta%C3%ABl
22 juin 2009
Vestiges du constructivisme révolutionnaire: Pyramiden
"(...) Pyramiden est un vestige du constructivisme révolutionnaire, en territoire norvégien.(...)
dans le temps comme dans l'espace, c'est un voyage de la ville de Staline au dernier avant-poste de son utopie soviétique. Pyramiden a été dimensionnée pour accueillir deux mille habitants, sans qu'ils aient jamais tout à fait aussi nombreux à y passer l'hiver. (...)Pyramiden est l'Utopie, poussée à l'extrême, dans l'extrême Nord, vidée de son contenu, figée dans le temps, par le froid arctique, par les conjectures économiques, par la guerre froide, par le capitalisme triomphant."p.13
"Pyramiden en Arctique est aujourd'hui une ville minière désaffectée, et en même temps un verset du moderne, une trouvaille archéologique importante dans l'une des sépultures du haut modernisme européen."p.16-17
"Pyramiden-Portrait d'une utopie abandonnée", Kjartan Flogstad, Actes Sud , 2009
Quatrième de couverture:
Loin
là-haut, à 10 degrés du pôle nord, sur l’archipel perdu du Svalbard
(Spitzberg), territoire norvégien, les Russes exploitent depuis près
d’un siècle quelques mines de charbon. Autour de l’une de celles-ci,
Pyra miden, fut construite une ville qui, dans les années 1990,
comptait 2 500 habitants. En quelques semaines, ils abandonnèrent
totalement les lieux. La ville subsiste, témoin d’une architecture
idéale socialiste. Dans le palais de la culture, des photos montrent
les dernières rencontres sportives et les spectacles scolaires comme
s’ils dataient d’hier. Les livres sont sur les rayons de la
bibliothèque, les jouets sur le parquet de la crèche, les animaux
locaux empaillés attendent un improbable visiteur du musée. A
Pyramiden, le temps s’est arrêté.
Outre une réflexion sociale,
politique mais aussi littéraire sur cette belle ville fantôme perdue
dans un bout du monde, et qu’il a visitée, Kjartan Fløgstad analyse le
projet culturel et social de Pyramiden en l’élargissant au thème de la
mine, avec des références que l’auteur puise dans le folklore comme
dans la littérature (Orwell, Kapuscinsky, Zola) ou la musique (Dylan,
Lluis Lach, Woody Guthrie). Centré sur la construction d’une utopie
urbaine, son essai interroge un projet moderniste aussi bien que les
valeurs idéales du travail, symbolisées par le mineur, archétype de
l’ouvrier communiste victorieux face à l’avenir, mais aussi du
travailleur productif en Occident dans les années 1950.
Kjartan Fløgstad, né en 1944, est connu en Norvège comme poète, romancier engagé et essayiste. Ancien marin, il est toujours resté proche de la classe ouvrière. Habitant du grand Nord de la Norvège, il a longtemps vécu à quelques kilomètres de la frontière russe. En France ont déjà paru Le Chemin de l’Eldorado, Esprit ouvert, 1991, et Grand Manila, Stock, 2009.
04 novembre 2008
L'unité nationale, la voie russe
Pour comparaison avec l'élection du nouveau président américain.
MOSCOU, 4 novembre - RIA Novosti. Le président russe Dmitri Medvedev a
prononcé mardi une allocution solennelle au Kremlin à l'occasion de la
Journée de l'unité nationale, célébrée le 4 novembre, élevant l'unité
nationale parmi les valeurs suprêmes de la Russie.
"L'amour pour la Patrie et la parenté morale profonde nous unissent
avec nos ancêtres. A leur instar, nous continuons à renforcer l'unité
de notre société, car nous comprenons que l'unité nationale est un gage
du développement du pays pour des années et des décennies à venir",
a-t-il assuré.
Source: http://fr.rian.ru/russia/20081104/118121003.html
09 septembre 2008
Retour sur la parution du premier livre de Soljénitsyne
"Une Journée d'Ivan Dénissovitch" paraît Novy Mir, en novembre 1962. Tvardovski n'a pas ménagé ses efforts, mais, sans grande générosité, Soljénitsyne lui reprochera les "onze mois mois de retard" qui ont précédé la publication et sont pourtantune broutille par rapport à ce que d'autres ont connu. Le récit est un évènement, et il sera republié au moins à 750 000 exemplairesen janvier et à 10 000 exemplaires en février. Pour tous, il est clair qu'il s'agit d'une oeuvre littéraire de valeur, mais surtout de la manifestation d'une renaissance spirituelle. Ce récit permet en effet à tous les Soviétiques qui ne sont pas passés par les camps staliniens de savoir ce qu'on y endurait, tandis que les anciens détenus peuvent y retrouver leur souvenirs. Un processus presque psychanalytique de guérison par la parole a commencé. Soljénitsyne rompt ainsi avec la mission de propagande que les autorités ont attribués aux ingénieurs des âmes; il renoue avec le rôle traditionnel de l'écrivain en Russie: défendre le peuple opprimé et martyrisé par le pouvoir."
p.260, "Les Ingénieurs des Ames en chef", Cécile Vaissié, Belin ,2008
04 septembre 2008
Staline la littérature
Belin nous livre un travail d'une grande densité sur les rapports entre littérature et politique en URSS de 1944-1986 où l'on peut suivre notamment la carrière de Soljenitsyne et son refus de se soumettre à ces règles de jeu. Claude Lefort apporte une précieuse compréhension du titre du livre dans son introduction. Une livre d'une rare qualité que je ne peux- hélas que survoler, faute de temps. A découvrir.
"Ingénieur des âmes": cette expression, Cécile Vaissié l'emprunte à Staline. Elle nous paraîtrait burlesque si nous ne tenions pas compte du projet qu'il avait de créer "un homme nouveau" et si nous oubliions que ce projet s'est concrétisé au cours des années trente -que nous venons d'évoquer- avec la destruction de la paysannerie, le dressage des détenus et la répudiation de toutes les valeurs constitutives de la civilisation moderne. En outre, on peut se demander si Staline, en nommant les écrivains "ingénieurs des âmes", ne faisait pas à sa manière, preuve d'une certaine intelligence de la littérature. Cécile Vaissié le signale au passage, il aimait lire et s'entourer d'écrivains. Il s'éprit un moment d'Alexandre Fadïev et longuement de Constantin Simonov, qu'on appela son "chouchou". En effet, si décisive que lui parût la coercition pour obtenir des citoyens soviétiques qu'ils en viennent à se fondre dans des collectifs, il semble avoir tenu compte de la part, en tout homme, de l'imagination et de la sensibilité. Or, la littérature a cette propriété singulière qu'elle affecte des individus, un à un. Que le roman réponde à une commande d'Etat, qu'il se veuille édifiant, célèbre des exploits collectifs, son lecteur l'accueille toujours solitairemnt. Au théâtre même, chacun, au millieu des autres, voit et entend cela à quoi il est sensible. Tout autre est la propagande dont le message a des auteurs et des récepteurs anonymes."
p.7, "Les ingénieurs des âmes en chef", Cécile Vaissié,Belin, 2008
02 septembre 2008
Sapir sur la Russie
La tribune accordée à Rue 89 par Jacques Sapir apparaissait comme une ouverture inespérée dans le paysage intellectuel français, la joie est redoublée en retrouvant dans le nouveau numéro de la Nouvelle Revue d'Histoire, n°38, un entretien avec cet auteur avec notamment, p.39, cette parenthèse sur la mauvaise image de Poutine:
"Mais il y a aussi le style de Vladimir Poutine si différent de l'image que nous nous faisons aujourd'hui du dirigeant politique. Par tempérament, et par formation, il s'attache plus à la substance qu'à l'apparence. Il n'est pas à l'aise dans le registre compassionnel et encore moins dans le style "people". Il nous renvoie une image opposée aux postures compassionnelles ou snobinardes aisni qu'à la mise en scène de la vie privée. Je me demande si la détestation très particulière que Poutine inspire à une partie des "faiseurs d'opinions"en France ne vient pas du remords qu'il suscite, quand il nous fait toucher du doigt à quel point notre propre image de la politique s'est dégradée."
http://www.n-r-h.net/ , "Le réveil de la Russie"n.38, 6.50 €, à acheter d'urgence en kiosque.
01 septembre 2008
La Géorgie: une éclaircie dans le landernau médiatique
Rue 89 livre un article remarquable sur les manipulations en cours sur la Géorgie, un éclair de lucidité à faire connaitre:
"La nuit du 7 au 8 août, la Géorgie attaque violemment l’Ossétie du Sud.
Tous les médias soulignent la violence de l’attaque, le tir sans
sommation sur des troupes d’une tierce puissance (la Russie) présentes
au titre d’un mandat de l’ONU et le
bombardement délibéré de la population civile par l’artillerie et les
lance-roquettes multiples de 122-mm. Une partie de la ville de
Tskhinvali a été détruite et il y aurait eu plus de 1500 morts et des
dizaines de milliers de déplacés."
"En réalité, les autorités russes ont fait preuve d’une réelle retenue
en ne poussant pas leur avantage sur le terrain (Tbilissi aurait pu
être prise le lundi 11 août) et en s’abstenant de faire prisonniers des
instructeurs américains surpris au sein des unités géorgiennes
qu’ils encadraient."
"Venant après l’agression géorgienne, la Russie exige aujourd’hui la
constitution d’une zone de sécurité autour de l’Ossétie du Sud et de
l’Abkhazie. Après le criminel bombardement de Tskhinvali ceci est
indispensable. Les autorités géorgiennes ne peuvent espérer un simple
retour à la situation de 2004 après ce qu’elles ont fait. L’envoi
au-dessus de la ville martyre d’avions d’observation sans pilote est
une nouvelle provocation qui justifie la volonté russe de mettre en
place une importante zone de sécurité."
"Venant après l’agression géorgienne, la Russie exige aujourd’hui la
constitution d’une zone de sécurité autour de l’Ossétie du Sud et de
l’Abkhazie. Après le criminel bombardement de Tskhinvali ceci est
indispensable. Les autorités géorgiennes ne peuvent espérer un simple
retour à la situation de 2004 après ce qu’elles ont fait. L’envoi
au-dessus de la ville martyre d’avions d’observation sans pilote est
une nouvelle provocation qui justifie la volonté russe de mettre en
place une importante zone de sécurité."
Merci à Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS, d'ébrécher le bobardement médiatique.
http://www.rue89.com/2008/08/29/de-l-aventurisme-georgien-et-de-l-hypocrisie-occidentale
05 juillet 2008
L'appel du Far-East
Ce n'est pas sans émotion qu'on s'empare de l'album, Taïga Rouge, une adaptation en bandes dessinées du récit mythique entre tous, "Bêtes, Hommes et Dieux" de Ferdinand Ossendowski dont on attend toujours une biographie de ce destin exceptionnel. L'émotion redouble quand on sent l'harmonie du dessin avec l'univers dépeint, une Mongolie en pleine tourmente révolutionnaire, un concentré des passions humaines.
Perriot et Malherbe réalise un coup de maître avec ce premier opus.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdynand_Ossendowski
02 juillet 2008
Quand un russe parle: Soljétnitsyne
Alexandre Soljénitsyne est un visionnaire.
Ces entretiens d’une quinzaine de minutes chacun ont été diffusés d’avril à septembre 1995 à Moscou par la chaîne ORT une fois tous les quinze jours.
" En Occident, c’est l’abondance, oui, tout est splendide, on a tout. L’Occident est florissant, oui, sur le plan matériel. Mais les âmes, les âmes des gens se changent en déserts, la facilité les prive de ressort. Le XXIe siècle sera le théâtre d’un terrible conflit entre ce qu’on appelle le tiers-monde, la plus grande part de l’humanité, et ce qu’on appelle la race blanche. Il y aura des événements pénibles à vivre. Tout le monde sera concerné et, si nous n’arrivons pas à élever nos cœurs, à être affermis et purs intérieurement, nous tous, l’humanité, serons condamnés à périr".
" Je
me réjouis qu’il y ait des nationalités ; j’estime qu’elles sont la
richesse de l’humanité, les différentes facettes du projet Divin, (…).
Il faut donc les préserver. En Occident, les Lumières depuis le XVIIIe
siècle ont propagé cette idée mensongère que toutes les différences
nationales seraient un jour gommées et que toute l’humanité serait une,
réunie. Le XXe siècle nous a montré avec une évidence particulière
qu’il n’en était rien. Les nationalités essaient toutes de se renforcer
et d’affirmer leur originalité. C’est une bonne chose".
http://alexandrelatsa.blogspot.com/2008/07/une-minute-par-jour-par-alexandre.html






