Vu de La Frette

Un Gallo-(catholique)romain du Val d'Oise, des citations pour nourrir le fil des jours

27 octobre 2009

Tandem, "une plongée dans la France profonde"

    "Comment n'avoir pas quelque tendresse pour ce film qui rappelle le Jeu des mille francs de Lucien Jeunesse, inusable émission de radio écoutée à l'heure du déjeuner, en famille, par des millions d'auditeurs qui testaient ainsi leur connaissances.
  51TXZ7THF9L   La "Langue au chat" a pour présentateur Michel Mortez qui parcourt la France, de ville en ville, depuis 9782259208314_0_2009240332vingt-cinq ans, assisté d'un ingénieur du son, Bernard Rivetot. Mortez n'a pu se renouveler et il est devenu un animateur ringard, au demeurant malade et désabusé, qui pose ses sempiternellesquestions devant des auditoires de plus en plus clairsemés. Son jeu est supprimé, mais, par amitié, Rivetot s'efforce de lui cacher la mauvaise nouvelle et simule même un enregistrement public. Mortez n'en est pas dupe et disparaît. Les deux hommes se retrouvent plus tard. Rivetot est chômeur et Mortez animateur publicitaire dans les supermarchés.
    Voilà un road movie plein d'humour et de sensibilité, une plongée dans la France profonde des autoroutes, des petites villes et des hôtels miteux, la peinture d'une amitié pudique et pourtant profonde, signés par Patrice Leconte, l'un des meilleurs réalisateurs français, qui passe des Bronzés à Monsieur Hire, du Mari de la coiffeuse à La Fille sur le pont ou à Ridicule avec la même aisance. Mais Tandem est à part. ce que Leconte a manqué avec Les Grands Ducs, joué pourtant par Noiret, Rochefort et Marielle, il le réussit ici. Tout est juste, tout est drôle, tout est émouvant grâce à l'immense talent de Jean Rochefort dans ce drôle d'animateur qui prend progressivement conscience de sa ringardise. Et que dire de Jugnot, bon technicien un peu terre à terre, mais si bon,si sensible, si serviable.
     A mes yeux, le meilleur film de Patrice Leconte."

p.626/627,"Dictionnaire amoureux du cinéma", Jean Tulard, Plon 2009

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02 avril 2009

Katyn

Une excellente recension dans
http://www.present.fr/

Article extrait du n° 6814 de Présent du Vendredi 3 avril 2009

    

KATYN

KatynC’est plus qu’un film, c’est une œuvre. Quelque chose qui s’apparente aux grandes tragédies, ou, mieux, aux épopées antiques, sur « ces guerres funestes qui causèrent tant de morts »… et, comme dans Homère ou dans Sophocle, ce qui domine, l’œuvre, lui donne son rythme, c’est la femme.
La guerre, croit-on, est une histoire d’hommes. Mais la guerre n’est pas tout. Il y a ce qui l’entoure, et pourquoi elle est faite : les nations, les pays, la terre, les familles. Les armées passent. Les hommes meurent. Les familles et les nations demeurent. Les pays font figure d’immortels. La terre, comme insensible aux malheurs qui la foulent et la creusent, refleurit à chaque printemps. Au cœur de ces permanences, portant, contemplant, subissant la souffrance des hommes, il y a les femmes : la mère, l’épouse, la fille, la sœur, la fiancée. C’est par elles que la Pologne, véritable et seule héroïne, du film, se continue.

1204478703_ad726c58f7Andrezj Wajda a dédié son film à son père. Dans les quelques mots chargés d’une intense émotion qu’il a prononcés, à la Cinémathèque de Paris, lors de l’avant-première projection de son film, il a rappelé que son père, officier, était mort à Katyn et qu’il avait connu, comme tous les orphelins de ces quelques trente mille hommes assassinés, chacun, d’une balle dans la nuque, l’attente, puis le mensonge, puis le silence imposé sous peine de perdre son emploi, sa place à l’université, sa fonction dans l’administration, et, puis, enfin, mais encore dans une atmosphère de suspicion, de polémique, la vérité.

« Quand on est, comme je le suis, au bout du chemin, il faut rester fidèle à ce qu’on voulait être, quand on a commencé la route. » Le vieux monsieur, célèbre, auteur de cinquante films, au bout de cinquante ans de carrière, à quatre-vingts ans, est resté fidèle à l’idéal de sa petite enfance : connaître la vérité.

La vérité est, avec la Pologne, et la femme, inséparable des deux premières, la troisième héroïne de Katyn. Au demi-mensonge allemand – ou nazi – a succédé l’énorme mensonge russe – ou soviétique… puis l’épais silence gêné des démocraties occidentales. Personne ne voulait dire, ni savoir. Il fallait pourtant. Pourquoi ? diront les pragmatiques. « Qu’est-ce que la vérité ? » dit Pilate, en se retournant vers la foule, qui s’en moque bien, et, qui, comme toutes les foules, crie « à mort ».
Mais l’homme a besoin de la vérité. La vérité est, pour lui, un aliment plus nécessaire encore que le pain, le vêtement ou le couvert.

Parce que la vérité, seule nourriture de l’intelligence, est aussi, et surtout, la mère de la liberté. Sans vérité, pas de liberté. Sans vérité ni liberté, pas de patrie. Sans patrie, pas de famille. Cette tragédie ne fait aucune leçon, aucune morale. Elle est bien au-delà des sermons, des discours, des arguments. Elle est même au-delà des mots. Les visages, silencieux… le pas, l’esquisse d’un geste. Tout est vu.

newjersey_jerseycity_memorial_965232_lCe film est pudique. Il eut été facile de susciter les sentiments d’horreur, de colère, de vengeance. « La forêt bucolique de Katyn » où s’est accompli cet assassinat collectif et sélectif – scientifique – de l’élite d’un peuple, afin de pouvoir, dans la stricte application de la théorie léniniste, lui substituer un véritable encadrement prolétarien, doit devenir, demain, dit Wajda, le lieu de réconciliation de l’amitié russo-polonaise. Cette réconciliation ne peut se faire que dans la vérité.
Il n’est pas nécessaire, avant de le voir, de lire ou de relire l’histoire du pacte germano-soviétique, de la double invasion de la Pologne, allemande à l’ouest, russe à l’est, du partage des prisonniers, du dépeçage de la nation par les deux totalitarismes du XXe siècle, qui, comme Hérode et Pilate, « d’ennemis qu’ils étaient, sont devenus amis », pour crucifier la Pologne coupable d’être une nation catholique. Sans rien nous expliquer pesamment, Wajda nous fait tout comprendre. Car il montre, ce qui le dispense de démontrer. Deux images disent tout : la première, un pont où deux flots de population en fuite se rencontrent, les uns fuyant les allemands, les autres les russes. C’est la Pologne prise dans l’étau, sans aucune solution, sans aucun espoir humain… Et la dernière, quand le bulldozer recouvre les corps des officiers assassinés, que dépasse, seule, de la terre qui remplit la fosse, la main d’un jeune capitaine, serrant son chapelet, la croix dressée.

A la sortie, comme dans toutes les avant-premières, il y avait un buffet, avec du champagne. L’assistance, longtemps silencieuse après la dernière image, dans le temps d’un long générique, s’est levée, spontanément, pour applaudir, debout, le réalisateur, metteur en scène. Le silence, pendant la projection, et à la fin, se perpétuant quand la salle se rallume, était la plus éloquente des acclamations. Ce qui a suivi était pour se détendre, essayer de revenir dans la vie d’aujourd’hui, mais sans pouvoir se dire : « C’est du cinéma, c’est une histoire, un roman, une fiction… » Non… Ce fut ainsi.

Une très grande partie du récit se déroule à Cracovie. Il est impossible de ne pas penser à un jeune séminariste de ce temps-là, qui devint, sous le nom de Jean-Paul II, le premier pape polonais de l’histoire. On comprend mieux la phrase du Cardinal Wychinski, lors de l’élection de Karol Wojtyla « accepte, Karol, pour la Pologne ». Cette élection au suprême pontificat, avec le rayonnement mondial qui ne s’est pas démenti pendant plus d’un quart de siècle, c’est le vrai fruit, l’épilogue du massacre de Katyn. Rien de grand ne se fait sans effusion de sang. La différence entre les chrétiens et leurs persécuteurs, c’est que les martyrs offrent leur propre sang, tandis que ceux qui les persécutent – nazis, communistes, et demain qui ? – font couler le sang des autres.

19062277Mais la vérité l’emporte toujours sur le mensonge. « Il n’y a plus et il n’y aura plus de Pologne… Nous ne serons plus jamais des hommes libres » disaient, dans ce film, les désespérés qui ont choisi de subir pour survivre, en ajoutant, « ne soyez pas du parti des morts mais de celui des vivants », à quoi leur répondait l’Antigone des plaines de l’Est, « nous sommes du côté des assassinés, contre les assassins ».

Les quelques grains de chapelet et le crucifix que la terre de la fosse commune ne parvient pas à recouvrir entièrement ont triomphé dans l’histoire. Ce ne sont ni les armées allemandes, ni les armées russes, ni les armées américaines, encore moins Roosewelt, Churchill et Staline qui ont libéré la Pologne. C’est son fils, Karol Wojtyla, quand il est devenu le Pape Jean-Paul II.

Mais avant, il avait fallu le sacrifice des officiers et le courage inébranlable, la fierté majestueuse des femmes, mères, sœurs, filles, tantes, fiancées… peuple de saints, race royale…

Il faut voir cet hymne à la femme, à l’Eglise et à la patrie, ce chant à la vérité et à la liberté, à travers la souffrance et la mort… c’est une excellente préparation aux jours de la Passion.
Katyn n’a pas été prévu pour une grande distribution. La mauvaise conscience rôde encore. Katyn dérange et dérangera toujours. Trop dur, trop vrai, trop beau. En nos époques de misère satisfaite et de confort ranci, en nos temps où on se préserve de tout, et d’abord de la souffrance éventuelle, cet héroïsme calme et féminin est presque une insulte. Je me permets de dire qu’il est du devoir de tout chrétien, de tout Français, de tout homme civilisé, de tout honnête homme, d’y aller, de voir ce film, là où il est distribué, dès ce soir. De l’affluence des premiers jours dépend sa diffusion. Je ne dis pas que soutenir ce film est un acte militant. C’est beaucoup plus. C’est un honneur rendu à une nation héroïque et souffrante, et qui, aujourd’hui, avec pudeur et noblesse, se souvient.

Vive la Pologne, Messieurs !

JACQUES TREMOLET DE VILLERS

Article extrait du n° 6812 de Présent du Mercredi 1 avril 2009

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23 mars 2009

Katyn, l'évènement cinématographique

   

19062277  Le 1er avril nous apporte, non pas un poison d'avril, mais une sortie au cinéma incontournable,"Katyn", de
Wajda dont le père fut l'une des victimes. Le film est sorti en ...2006 en Pologne, le réalisateur a depuis fait un autre film. Il est crucial de faire bon accueil à ce film qui n'aura pas une sortie tonitruante:

Site du film: http://www.katyn-lefilm.fr/index.htm
Sur la Toile: http://video.google.fr/videosearch?q=katyn&sourceid=navclient-ff&rlz=1B3GGGL

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30 avril 2008

Bienvenue chez les Ch'tis, quand la France se complait dans la bêtise

Vu sur ordinateur samedi dernier, je suis resté soulager de n'avoir pas donné un centime pour un film aussi médiocre et aussi représentatif de la misère culturelle française.Un navet absolu, reflet clinique du déclin de l'esprit français.L'affiche se suffit à elle-même en vulgarité. A oublier.
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30 mars 2008

L'armée des ombres, une ferveur hiératique

 

18403557_w434_h_q80  "Une ferveur hiératique", titrait excellemment Henry Chapier dans un article du 14 septembre 1969 pour Combat. Sorti le 12 septembre 1969, le film L'Armée des ombres" reçoit un accueil mitigé. Melville, né Grumbach d'uneimage famille juive alsacienne établie à Paris revient sur une période qu'il a connu de près, "durant la guerre, il part rejoindre la France Libre à Londres en 1942, c'est à ce moment qu'il prend le pseudonyme de "Melville" en hommage à l'écrivain de Moby Dick. Après la Guerre, qu'il revendique avoir faite dans la résistance puis en participant au débarquement en Provence, il demande une carte d'assistant metteur en scène qui lui est refusée", lit-on sur Wikipedia."A la fois jovial et frigorifique, Jean Pierre Melville avait le génie de la dispute.(...)Lino Ventura ne lui adressa plus la parole durant tout le tournage.(...)"lit-on également.
    Vu il y a vingt ans, le film garde une force émotive intacte dans son refus du lyrisme enjoliveur, de la simplification moralisatrice; c'est une vision hivernale de la période d'Occupation qui, dans son dépouillement, accède à une vision intemporelle. Le tragique nait d'une solitude morale que rien ne parvient à fendre, Melville fait l'exploration douloureuse et muette  de  "la mer gelée qui est en nous", selon l'expression de Kafka. Aridité morale qui fait écho au Feu Follet, au livre de Drieu La Rochelle, et à sa mise en scène de Louis Malle.
    Une date dans l'histoire du cinéma français.

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28 février 2008

Photos de "L'île"

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Lîle, un météore dans la production cinématographique

Je viens de voir "L'île", il est difficile d'écrire après une telle secousse, je cède la parole à ce commentaire si juste:

http://lamitiespirituelle.typepad.com/francois_reality/

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Pavel Lounguine réalise une splendide œuvre liturgique ancrée dans l’orthodoxie russe et habitée par l’âme slave. Il s’inscrit dans la tradition des Dreyer, Bresson, Bergman, Tarkovski… Celle d’un cinéma traversé de fulgurances, en quête du Beau, du Vrai, du Salut qui conduit l’Homme à surpasser son funeste Destin. D’une certaine manière, son personnage est un Saint, un martyr, il incarne la figure de l’ange sacrifié, à la recherche d’une sagesse, d’une vérité, face à la transcendance et à l’espoir du divin. C’est un homme qui s’est tourné vers Dieu pour fuir l’horreur humaine.

Incroyablement, ce film d’une noirceur totale parvient à nous éclairer par ses contrastes (à l’instar du charbon sur la neige), pour apparaître aussi virginal que la blanche lumière de l’aube sur la mer gelée…

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23 février 2008

Le chemin de écoliers

Après avoir lu récemment le livre, j'attendais fébrilement de visionner le film; chose faite ce soir, la réalisation est sans génie, l'intérêt  se porte  vers les acteurs, une distribution de rêve, Delon et Brialy en jeunes premiers, Bourvil retrouvant la saveur des dialogues d'Aymé, Ventura impérial. Le film retranche beaucoup de la restitution d'époque, élague les complexités des personnages du livre mais trouve un charme indéniable dans son ingénuité, une légèreté de ton contagieuse...inconcevable aujourd'hui tant l'arrière plan politique est relégué. Une curiosité.
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28 janvier 2008

Le Triomphe de la Volonté

C'est l'un de charmes d'Internet de pouvoir visionner des films connus et maudits:

http://video.google.fr/videoplay?docid=4269905939943246915

triomphe_de_la_volont_

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26 janvier 2008

La traversée de Paris

    En faisant les courses à Carrefour hier soir , je suis tombé sur le DVD, "La Traversée de Paris", vendu au prix de 6 €. Voyant la couverture du DVD, ma fille manifesta un grognement joyeux voyant le cochon dodu siègant dans un casque allemand. J'avais lu la nouvelle au mois de décembre, réunie dans le recueil "Vin de Paris". Une histoire, qui débute près de mon lieu de travail, boulevard Morland, et se dirrige vers Montmartre où j'ai travaillé également. Une nouvelle inoubliable notamment par ses dialogues , que seuls des acteurs d'exception comme l'étaient Bourvil, Gabin, de Funès pouvaient restituer. Un grand moment de cinéma français à saisir.
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